jeudi, avril 22, 2010

Tous contre les villas en ville! Trois outils pour avancer

gugger epfl.pngPic-Vert n'était pas là, la Chambre genevois immobilière non plus. Résultat personne n'a défendu, mardi soir, les propriétaires des villas situées dans un rayon de quatre kilomètres autour de la ville de Genève. Pourtant "c'est là qu'il faut bâtir les 50'000 logements, dont le canton de Genève a besoin pour accueillir 100'000 habitants attendus d'ici 2030", a martelé - dans un discours un peu prétentieux - Simon Chessex, le premier assistant d'Harry Gugger. Professeur à l'EPFL, ancien du bureau herzog&de Meuron, Harry Gugger est directeur du Lapa. Il a été mandaté par la Chambre genevoise de commerce de Genève pour penser la ville en ville. La Tribune a évoqué le projet dans ses éditions du 16 avril.

Dans une Salle des Abeilles comble, l'équipe de l'architecte bâlois a... un peu enfoncé des portes ouvertes..., que les Genevois s'étaient, il est vrai, empressés de fermer, notamment en pariant sur le projet d'agglomération franco-valdo-genevois version Cramer.

Voilà en effet plus de 60 ans - Genève a créé les premières zones d'aménagement du territoire dès 1929 et a été pionnier en Suisse - que le peuple genevois a décidé, via des lois votées par le Grand Conseil, que la ville devait être construite en ville. En vain.

DSC04825.JPGTrès vite, en effet, il - ou son gouvernement - a oublié ce beau précepte de durabilité et d'économie d'énergie pour construire des cités satellites. Ce furent Meyrin, Vernier, Onex, Lancy, Thônex, Versoix dans les années 50 et 60. Puis Genève est entrée en hibernation. Le projet d'agglo est une nième tentative de sortir de l'ornière. Son principe reste le même que celui qui a présidé aux cités satellites. On l'appelle aujourd'hui ville multipolaire. Les pôles sont désormais hors du territoire cantonal. Il s'agit de Nyon, Ferney, Saint-Genis, Saint-Julien, Annemasse, Thonon, qu'on reliera par tes trams (lents) et des RER (coûteux).

Sur ce point, Gugger et son équipe ont raison de remettre l'église au milieu du village et de défendre une densification de qualité des quartiers villas situés à moins de quatre kilomètres du centre ville. Problème, ils n'ont pas vraiment présenté des outils nouveaux pour réaliser leur projet. Ils parient sur la concertation, le partenariat public privé et l'assouplissement des règles d'urbanisme.

Modestement, je vais donc proposer trois outils.


  1. Le premier outil est une loi programmatique soumise à un référendum cantonal obligatoire, créant une agence de développement urbain. Elle concerne le PAV en particulier, mais devrait s'appliquer à tous les projets d'envergure surtout lorsqu'ils empiètent sur plusieurs communes. J'en ai déjà parlé ici et .
  2. Le deuxième outil est une loi d'acquisition et d'échange par les collectivités publiques financée des terrains agricole partout dans le canton à 100 frs/m2 par le bénéfice de la Banque nationale. J'en ai parlé ici.
  3. La troisième loi est le vote d'une loi sur la plus-value foncière qui ne devrait prélèver une taxe pas seulement sur le déclassement de la zone agricole. Cela dit il faudrait déjà que le projet de loi à l'étude au Grand Conseil depuis au moins deux ans soit voté. Devinez qui fait de l'obsruction.

L'ensemble du dispositif est fondé sur le postulat que le droit de propriété est un droit fondamental de l'humain, dans la mesure seulement où le bien commun est préservé.

Qu'est-ce qui fait obstacle au développement du quartier Praille-Acacias-Vernets? Qu'est-ce qui fait obstacle à la construction de la ville en ville, notamment sur les quartiers villas? L'argent!

Le droit de propriété, tel qu'il est défendu aujourd'hui. Un droit presque absolu, qui donne un véritable pouvoir de veto aux propriétaires qui voient même leur bien augmenter de valeur en fonction de leur résistance. Ainsi la décision de Mark Muller de porter le prix du mètre carré de 600 francs à 1000 francs dans la 3e zone de développement a-t-elle enrichi tous les propriétaires du canton, car tous les prix de toutes les zones - sauf la zone agricole, "bétonnée" de ce point de vue là par la législation fédérale - ont connu une inflation.

Libérer le prix du terrain pour laisser fonctionner la loi du marché, comme certains incendiaires le réclament, revient à expulser les familles et les pauvres de la ville et à créer des ghettos et une stratification sociale explosive à terme.

JF Mabut

PS: j'espère avoir le temps de revenir sur le débat de mardi qui fut très intéressant par les propos tenus et les propos tus et sur l'exposition du Kiosque des Bastions et la brochure vendue 10 francs par le Laba. on est très très loin de l'oeuvre pionnière de deux autres Bâlois qui ont produit l'an dernier le remarquable ouvrage MetroBasel dont je ne saurais trop recommander la lecture à tous les Genevois qui se piquent d'urbanisme.

Sur le sujet, on peut lire:

... d'autres références dans la colonne de droite de ce blog auquel tout un chacun peut contribuer. Adressez vos questions et textes à blog@tdg.ch

 

Le plan ci-dessous résume le projet GVA Cube

  • 20'000 logements à Praille Acacias
  • 20'000 logements entre les hauts de la Servette et Cointrin
  • 10'000 logements dans un rayon de quatre kilomètres à partir du centre-ville
  • la fusion des communes de Genève, Lancy et Carouge
  • L'assouplissement des règlements d'urbanisme
plan d'ensemble.png

 

Commentaires

Les jardins familiaux en Ville doivent disparaître et aller à la périphérie....

Écrit par : sirène | jeudi, avril 22, 2010

Les jardins familiaux n'étaient pas en ville il y a 60 ans!

Pour le reste il est indispensable de conserver les zones de villas urbaines, elles ont un effet tampon, elles permettent d'aérer les zones densifiées.

Promenez vous en haut de la rue de la Servette sur les 2 côtés où vous pourrez apprécier l'alternance des échelles, la présence d'arbres, de fleures et d'oiseaux dans les jardins.

Il y a bien assez de zone encore non construite dans cette ville pour construire des immeubles locatifs!


Allez sur Google Earth et vous verrez au bore du Rhone par exemple, après le pont Butin, il y a des 2 côtés de grandes zones non encore construites, qui sont proches de transport en commun!

Écrit par : dominiquedegoumois | jeudi, avril 22, 2010

On n'arrive déjà plus à circuler, et ils veulent 100'000 habitants de plus? Gros problèmes en perspective... et considérable dégradation de la qualité de vie!

Écrit par : Guiganton | jeudi, avril 22, 2010

@dominiquedegoumois : Les villas comme aération, bof... Ok, ça fait de la verdure et des jardins, mais de façon privée, et dont seuls les propriétaires profitent. Avec de grands immeubles et des parcs publics de bonne taille dans la même zone, vous logez plus de monde, gardez de la verdure en bonne proportion, sauf que là, la population pourra réellement en profiter. Quant aux zones non construites DANS la ville, je ne vois plus bien à quel endroit elles se trouvent. Effectivement il y a un petit carré sur Lancy après le pont Butin, mais la surface n'est pas énorme et je ne pense pas qu'on puisse aller jusqu'aux berges... Et entre sauvegarder les bords du Rhône encore sauvages et sauver des villas, je crois que le calcul est vite fait...

A part ça, ça doit faire quinze ans au moins qu'il n'y a plus de villas sur la rue de la Servette... Sur la Route de Meyrin, peut-être?

Écrit par : Dex | vendredi, avril 23, 2010

le problème est que Genève est toujours vue comme une étoile. les branches allant au centre. ce qui est de moins en moins la cas. car les périurbains vont de plus en plus rarement au centre. mais vivent uniquement à l'extérieur de la ville. Même si une grande boucle de contournement, rien ou si peu est fait pour la mobilité périurbaine.
De plus au centre les gens sont de moins en moins mobile, que sur de très courte distance, ou seulement en transport public. ce qui revient souvent à être peu mobile.
Par contre les périurbains, eux, on l'avantage une vraie mobilité rapide et souple. ils sont donc plus rapidement à l'extérieur du canton qu'au centre, volontairement rendu difficile d'accès.
Tans que cette réalité de ce fossé entre le centre et ces périphéries ne sera pas pris en compte. la situation de blocage totale durera, et ce n'est pas quelques villa de moins dans la zone intermédiaire qui changera grand chose.

Écrit par : millpa | vendredi, avril 23, 2010

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