vendredi, août 07, 2009

Comment piloter le PAV?

muller dubitatif.jpgEn deux ans à peine Mark Muller - 659 amis sur Facebook - aura usé ou dégoûté (?) deux pilotes: Benoît Genecand, ex banquier UBS, démissionnaire au bout de trois mois, devenu constituant et président du Stade de Genève et de la Chambre genevoise immobilière et Sylvie Bietenhader, haut fonctionnaire, qui démissionne, seize mois après son engagement, pour reprendre la Gérance immobilière de la Ville, domaine où son expérience professionnelle n'est pas plus grande que celle de son prédecesseur, devenue secrétaire générale de la constituante. Deux pilotages avortés en moins de deux ans, c'est beaucoup. Le conseiller d'Etat libéral trouvera-t-il un troisième larron avant les élections de cet automne? Comment peut-on piloter le PAV?

Sans doute Mark Muller proposera-t-il un architecte, un urbaniste, un promoteur immobilier, un ingénieur civil, un poète?

Ce dernier choix ne serait peut-être pas le moins bon. Une ville, ça se rêve avant de se construire. Il y a peu l'Eglise protestante s'est interrogée sur l'opportunité d'y construire un temple ou une église ou les deux à la fois. Et pourquoi pas une mosquée? Les Zurichois ont bien implanté au coeur de Sihlcity une église multimodale. Discrète tout de même, pas de quoi concurrencer le temple de la consommation. N'empêche que c'est bien un coeur et une âme qui manquent au PAV. La gauche de la Ville aura beau jeu de dénoncer les financiers à qui la loi de déclassement promet de juteuses affaires.

Un poète donc qui réconcilie les Genevois avec leur ville. La ville peuplée, ouvrière, chaudron social et culturel, telle qu'on la trouve dans les différents quartiers de Genève construits entre 1850 et 1920. Avant que l'on invente les quartiers villas, les cités satellites, les "un, deux ou trois étages sur rez avec jardins privatifs", qui font le bonheur de promoteur et le malheur de la cité.

Un poète qui trace les places et les parcs avant de faire valser les milliards. Qui écoutent les travailleurs, les entrepreneurs, les consommateurs, les instituteurs et chantent et jouent le bal des grues, la valse des rues, le jazz des mues.

La mutation, c'est dans la tête des Genevois qu'elle doit s'opérer et comme les Genevois sont ce qu'ils sont, ronchonneurs et donneurs de leçons, il faut aussi leur donner de quoi exprimer leur identité. Il faut innover en matière de gouvernance et inventer pour le PAV une Autorité citoyenne d'urbanisme à laquelle les communes de Carouge, de la Ville de Genève et de Lancy ainsi que le canton céderont le pouvoir d'aménagement et de police des constructions et donc les revenus fiscaux seront progressivement partagés entre tous, y compris le fonds de péréquation communal. (photo Bonzon)


Une loi constitutionnelle comportant le mandat de construire une ville nouvelle s'impose sans doute pour créer cette institution, dont le maire, élu par les usagers, les propriétaires et les habitants du quartier, sera le directeur général du développement urbain. Il rendra des comptes à un Conseil municipal élu et au Conseil d'Etat qui pourra le révoquer. Sa tâche sera de réaliser le mandat constitutionnel. Il disposera d'un budget quadriennal aloué par tranches annuelles par le Grand Conseil. Il constituera son équipe. Il pourra proposer au Conseil d'Etat des dérogations aux lois en vigueur en matière d'aménagement du territoire, de logement et de police des constructions.

Bref un vrai défi et surtout les moyens pour le relever.

Quant au mandat constitutionnel, il sera l'occasion d'un vrai débat démocratique sur quelle ville les Genevois veulent voir surgir entre le pont de Saint-Georges et le Bachet de Pesay et quelles sacrifices ils sont prêts à concéder pour réaliser cet objectif. Dans ce cadre le développement du PAV est indissociable d'une délocalisation de la gare de la Praille.

Un projet de gouvernance bien loin de l'imbroglio politique dans lequel le PAV est désormais plongé.

En effet, fin novembre, seuls les habitants de la Ville de Genève vont se prononcer sur le préavis de la Ville relatif à la loi de déclassement du PAV (la majorité de gauche au Conseil municipal a voté pour le préavis, s'ouvrant ainsi la voie au référendum populaire - et ). La question ne portera pas sur le projet urbain, mais sur la question éminemment politique de la privatisation du périmètre, détenu aujourd'hui en grande majorité par l'Etat et les communes. La majorité des citoyens du canton seront les spectateurs impuissants d'un débat qui les concerne pourtant au premier chef.

pav plq et communes avec légende.png

Qu'en pensez-vous? A lire ou à relire à propos de la gouvernance de la Praille d'octobre dernier.

J.-F. Mabut

 

NB: Le blog Métropole Genève a vocation de jeter un regard critique sur le projet d'agglomération franco-valdo-genevois dans son ensemble et sur quelques point névralgiques urbains en particulier. Ce blog est ouvert à toutes les contributions. Il suffit pour être publier d'adresse à blog@tdg.ch votre texte dûment signé.

 

 

 

Commentaires

Le temps est venu d'y inclure un city-manager qui aime Geneve ?

Écrit par : Charly Schwarz | vendredi, août 07, 2009

Pour faire plus modeste: un gestionnaire-urbaniste. C'est plus près du réel parce que c'est plus près de notre langue.

De quelque chapelle d'où vient le chef du département cantonal de la construction, il ne pourra rien entreprendre. Genève est devenue un musée que l'UNESCO classera un jour. L'ardeur des jeunes architectes-urbanistes attendra. Le nouveau visage de Genève sera envisageable vers le 25è siècle. En attendant, nos architectes-bâtisseurs peuvent se recycler dans l'art de parler de la restauration des bâtiments classés ou inventoriés. Le parc de ruines historiques s'agrandit, il nécessitera des fonds que, peut-être les visiteurs des cinq continents pourront fournir.

En avant le tourisme historique. ça paie sans nécessité de nouveaux projets ou de nouvelles créations.

De la rente de cette situation, les associations culturelles devront réclamer leur part de retombées en reconnaissance de leur participation dans l'orchestration de l'immense soutien à l'inlassable combat pour la conservation intégrale et définitive de notre canton.

Écrit par : Nepotin | vendredi, septembre 18, 2009

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