mercredi, juillet 29, 2009

Bâle Genève: deux façons de voir une métropole

Basel centre, centres commercial.jpgLa BD de trois cents pages publiée ce printemps par le Studio Basel de l'EPF de Zurich (voir ici) est une mine de renseignements et une tentative originale de présenter le projet d'agglomération franco-germano-bâlois. Sa lecture montre combien Genève et Bâle abordent les questions d'aménagement de manière différente. Ces différences sont ancrées dans l'histoire des deux cités, dans leur environnement, dans leurs institutions politiques, dans leur culture.

Contrairement au projet d'agglo franco-valdo-genevois qui est né presque uniquement de l'opportunité de tirer quelques dizaines de millions de francs de la loi fédérale sur les infrastructures d'agglomération - en plus des 550 millions déjà affectés au CEVA, le projet MetroBasel est une réflexion centrée sur la ville de Bâle principalement due à l'initiative d'un partenariat public privé, puisqu'on trouve à l'origine de l'association le canton de Bâle-Ville et Novartis. Le projet urbanistique est donc un élément presque secondaire de la volonté clairement affichée de poursuivre la création d'une métropole européenne en harmonie avec son arrière-pays.

Genève n'a pas cette ambition. Du moins, elle ne sait pas le montrer. Le ministre du Territoire Robert Cramer paraît bien seul à défendre son projet d'agglo, un projet essentiellement technique destiné avant tout à régler des problèmes de transports par la construction presque exclusivement de nouvelles lignes de trams. Pour le dire plus crûment un projet dont le but est d'empêcher les frontaliers de polluer les Genevois et de construire des logements aux marges d'une ville qui n'en veut plus. Le projet d'agglo semble d'ailleurs comme détaché de la municipalité de Genève qui réfléchit de son côté à son plan directeur, alors qu'elle devrait en être le coeur et le moteur.

L'histoire donne une clé, la politique une autre, la culture une troisième à cet état de fait.


L'Histoire. Genève s'enorgueillit d'être citée dans la Guerre des Gaules. Elle fut très vite ville d'empire, siège d'un évêque, commune indépendante. Bâle à cette époque n'était qu'un village, Robur. La ville d'empire était Augusta Raurica. Puis elle disparu dans la nuit de l'histoire jusqu'au Xe siècle. Devenue elle aussi cité d'un prince évêque, Bâle régna sur sa région dès cette époque. La Réforme n'eut pas le caractère exclusif, illuminé, électif qu'elle prit à Genève, où, de surcroît, la menace constante du Duc de Savoie forgea un état d'esprit d'assiégés. Pendant des siècles, la cité de Genève s'enferma dans ses murailles. Cent cinquante ans après leur destruction, elles sont encore dans les têtes des gens d'ici qui continuent de dédaigner leur région préférant parcourir le vaste monde.

La politique. Le patron de MetroBasel est à la fois incarné par un homme le président du Conseil d'Etat qui fonctionne aussi comme maire de la Ville et depuis avril 2008 par une association MetroBasel, aujourd'hui forte de 75 partenaires et pas des moindres. Le contraste est saisissant avec l'organisation du projet franco-valdo-genevois où les rivalités entre la commune de Genève et le Conseil d'Etat font le beurre chaque année de la Revue, rivalités qu'il faut multiplier par 45, soit autant que le nombre des communes genevoises, jalouses de leurs prérogatives et nostalgiques d'une indépendance qu'elles n'ont en fait jamais connue. L'expression de cette dispersion des forces se voient régulièrement dans les Conseils municipaux qui se prennent pour des petits Parlements alors qu'ils n'en ont pas le statut. L'image des pages d'accueil des sites internet de Genève et de Bâle donne une autre illustration de cette situation si pernicieuse pour la ville du bout du lac. Côté navigation et  multilinguisme, le site www.basel.ch l'emporte haut la main sur www.geneve.ch.

La culture. Tout sépare Bâle de Genève. La culture politique bien sûr. Sur les bords du Rhin, le modèle rhénan du partenariat public privé fonctionne, mais aussi le sens de l'Etat et du bien commun domine l'intérêt des partis ou des hommes. La culture industrielle que la Municipalité-Etat de Bâle défend et développe grâce à quelques fleurons mondiaux de la chimie et des sciences de la vie. La culture identitaire et populaire qui s'incarne aussi bien dans le carnaval que dans le FC Bâle ou dans des Fondations prestigieuses et des expositions de dimension européenne voire mondiale. Tandis que Genève, pourtant si riche en scènes et en fonds artistiques, attend depuis de décennies de construire une nouvelle Comédie, une nouvelle patinoire et n'a dû son nouveau stade qu'à la volonté d'un conseiller d'Etat forcé d'intervenir - trop tardivement hélas - face à l'incurie de la Ville.

JFM

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Commentaires

"Cent cinquante ans après leur destruction, elles sont encore dans les têtes des gens d'ici qui continuent de dédaigner leur région préférant parcourir le vaste monde."
Intéressante vision. Ainsi l'esprit d'une partie des Genevois qui veulent "rester entre eux" serait un héritage de l'époque où les fortifications servaient à se défendre contre les ennemis si proches ? Si c'est le cas, ça va être bien difficile de faire évoluer cet esprit et le remplacer par une plus grande ouverture, si nécessaire à l'élaboration d'une véritable métropole...

Écrit par : Kad | mercredi, juillet 29, 2009

@Kad

Vers 1850 Genève (on parle du Canton) comptait un peu moins de 50000 habitants de nationalité suisse soit moins de 50% de sa population totale d'alors.

Aujourd'hui, Genève compte un peu moins de 450000 habitants dont 40% environ d'étrangers(pour mémoire c'est en 1910 que la proportion d'étrangers résidents fut la plus importante...et pas aujourd'hui).

Je doute que les quelques 250000 suisses qui peuplent ce canton aujourd'hui soient en quelque façon que se soit les héritiers des fortifications et de la mentalité d'assiégés que ni leurs parents ni eux-mêmes n'ont connue.

Le commentaire de M. Mabut à ce sujet ne vaut donc pas un pet de lapin (blanc!).

Écrit par : Azrael | mercredi, juillet 29, 2009

C'est vrai que ça semble remonter un peu loin, mais je pense que si on remplace les fortifications par les frontières cantonales, la mentalité d'aujourd'hui (des Suisses et des étrangers résidents) ressemble bien à celle de l'époque. Et en attendant, si on remonte un tout petit peu plus loin, savez-vous pourquoi les régions limitrophes, soient le pays de Gex et le Genevois (autrement dit la région qui se situe au pied du Salève et au pied du Vuache) ne font pas partie du canton ? C'est parce que lors de la restauration, en 1815, les Genevois de souche, majoritairement protestants, avaient peur qu'en englobant ces régions, la majorité de la population ne devienne catholique ! Ils ont donc refusé de les englober dans le territoire de la République qui s'apprêtait à devenir canton... Aujourd'hui, ça fait sourire, mais quand on voit la haine viscérale de certains Genevois pour les habitants actuels de ces régions, on peut penser que les mentalités n'ont pas tant évolué non ?

Écrit par : Kad | mercredi, juillet 29, 2009

Ton analyse comparative est passionnante, Jean-François. On se rend bien compte du choc des cultures. Le PPP à l'origine du projet d'agglo bâlois facilite évidemment le développement de la métropole. Mais j'ose croire qu'au fil des ans, le besoin se faisant toujours plus urgent, le projet d'agglo franco-valdo-genevois sera porté par l'ensemble de la population.

Écrit par : HDC | mardi, août 11, 2009

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