jeudi, juin 18, 2009

Demandons politiciens visionnaires! (Les vidéos du débat de l'Institut national genevois)

ing peter interpellé.jpging colovrex débat.jpging pictet architecte cantonal.jpgPrès de deux heures de débat animé, curieux, intéressant, drôle, parfois, langue de bois aussi, décalé voire surréaliste, car il était au fond irréaliste de mettre en opposition les trois personnalités invitées, mardi soir, par l'Institut national genevois. On a donc eu droit à des monologues, qui s'emboîtaient les uns avec les autres moins comme les pièces d'un puzzle que comme des billes roulant les unes sur les autres, et heureusement à de nombreuses questions réponses avec la salle. Ce fut la meilleure partie de la soirée.

Pour susciter un vrai débat, il eût fallu inviter Robert Cramer ou Mark Muller, qui a hérité de la patate chaude CEVA pour permettre les escapades bernoises de son collègue, ou Robert Borrel, l'ancien maire d'Annemasse et actuel président de l'ARC, les communes de la couronne française, ou encore les deux députés radsoc Barrillier et Chatelain, coprésidents du comité pro-ceva. Ce n'est que partie remise.


Le lancement du référendum contre le (petit) crédit supplémentaire de 113 millions - le budget général du CEVA passe de 950 à 1,47 milliard de francs - que les députés genevois accepteront sans doute, sans état d'âme et en urgence le 25 juin prochain, offrira l'occasion d'un nouveau débat. Mais Robert Cramer ne sera plus ministre du Territoire et Robert Borrel ne pourra pas intervenir dans un débat politique circonscrit au canton, alors que l'enjeu est régional - une pierre dans le jardin de la Constituante. Quant à Mark Muller, déjà empêtré dans le pav, il sera plus encore qu'aujourd'hui en porte-à-faux face à ses amis libéraux.

Tous - je parle des libéraux éclairés et de quelques autres branchés sur le XXIe siècle, qui ont pris la peine d'étudier une carte de géographie Chambéry Lausanne (où passent les deux transversales alpines ferroviaires les plus proches de Genève) - tous ont bien compris que le CEVA était un tracé du XIXe siècle, qui ne dessert correctement ni l'hôpital, ni l'université, ni le Pav, ni l'aéroport. Et pour cause, ces infrastructures stratégiques n'existaient pas en 1912. Le CEVA ignore aussi le projet de délocalisation de la gare de La Praille à Colovrex. Ce projet visionnaire d'un architecte solitaire est désormais la clé de voûte de l'aménagement du territoire genevois.

Comme l'a dit malicieusement l'architecte un rien dandy Charles Pictet: "Très peu sera fait à La Praille si 'on ne parvient pas à réinstaller les entreprises qui s'y trouvent à leurs avantages (technique et financier)." Seule en effet une opération immobilière d'envergure peut dégager les moyens financiers nécessaires à l'ambition affichée. Les CFF savent que la gare de triage de La Praille n'a aucun avenir en terme ferroviaire. A moins d'imaginer comme les partisans de 500 mètres de ville en plus d'y installer la gare centrale de Genève (je reviendrai bientôt sur ce projet.

Les CFF ne peuvent pas prendre l'initiative. Ils ont trop de projets à gérer de Genève à Romanshorn. Mais ils sont certainement attentifs à des propositions qui leur permettront de valoriser leurs terrains à la Praille et à Cornavin. Et. à Cornavin, de sortir élégamment du bras de fer qui les oppose à Rémi Pagani qui souhaite construire au pied du quartier des Grottes contre l'avis de la régie fédérale qui veut pouvoir installer une voie supplémentaire à Cornavin que la cadence des RER va engorger. Au fait, que pense le héraut des quartiers devenu maire de la Ville de l'idée de Charles Pictet? Ces deux hommes se connaissent-ils? Je suis sûr qu'il ferait un excellent tandem à la tête du Territoire genevois.

Si le projet de Colovrex dynamite le projet d'agglomération, conduit à marche forcée par Robert Cramer, c'est tout simplement parce que l'idée de Charles Pictet fait apparaître soudain trois ou quatre très gros défauts du projet d'agglo:

  • l'absence de la traversée du lac, maillon indispensable du périphérique extérieur de Genève, qui mettra Ferney-Voltaire et Genève Voltaire Aéroport (GVA) à un quart d'heure d'Annemasse, donnant ainsi une véritable chance au rail de faire jeu égal avec l'autoroute A41 vers Annecy, capitale olympique 2018!
  • l'absence d'une réflexion sur de véritables zones d'activités technologiques, commerciales et industrielles, en raison d'une vision exclusive et idéologique de la mixité des zones d'activités et de logements pariant sur la proximité, hypothétique pour la plupart des travailleurs, du lieu de travail et du domicile privé,
  • le renoncement au développement urbain de Satigny, de Versoix de Chancy-La Plaine qui se trouvent pourtant sur une ligne de RER,
  • le manque d'ambition enfin s'agissant de nos relations ferroviaires avec la Suisse, lesquelles ne seront pas réglées par une troisième voie en zone urbaine, mais par la création d'une deuxième ligne ferroviaire à grande vitesse (250 km/h) le long de l'autoroute, mettant Yverdon à 20 minutes de Genève et Payerne le futur deuxième aéroport de Genève à 35 minutes et réservant la ligne du lac à un véritable rer, toutes les 5 minutes le matin et le soir.

Le peuple genevois ne retient pour l'heure que les effets politiques collatéraux de ce vaste enjeu urbain: le référendum contre le tunnel de Vésenaz, le référendum contre l'omc, le référendum contre les 14'000 logements du pav, la menace des libéraux de ne pas voter la rallonge du CEVA. Pitoyables combats électoralistes en regard des défis territoriaux et régionaux que Genève a à affronter.

Quel(le) candidat(e) au Conseil d'Etat saura élever le débat, faire entendre la voix du bien commun et de l'audace et offrir aux Genevois genevois et aux Genevois savoyards, gessiens et vaudois un grand projet de développement régional cohérent?

JFM

L'architecte Charles Pictet expose le financement du projet Colovrex. Je précise toujours l'architecte afin de ne pas le confondre avec son oncle le banquier Charles Pictet. Mais à entendre l'architecte expliquer comment financer son big bang urbain, on comprend qu'il est à bonne école...

 

Il était très remonté contre un député de la commission des travaux, Wolfgang Peter, président de l'association pour une meilleure mobilité franco-genevoise (un CEVA Bachet Bardonnex Saint-Julien et un tram rapide Annemasse Eaux-Vives pour moins cher que le CEVA officiel).

Encore Charles Pictet défendant le retour d'un architecte cantonal au coeur de l'administration. Un patron tout entier consacré à dire la culture, c'est à dire la qualité de la ville à construire, un discours que les politiciens genevois ont semble-t-il de la peine à tenir tout occupés qu'ils sont à parler nombre de logements à bâtir et taux de vacance historiquement bas.

Commentaires

M. Mabut,
Permettez-moi de ne pas partager votre point sur ce qu'est un vrai débat. Les politiciens ont assez l'occasion de faire part de leurs points de vue qui "filtrent" la réalité, points de vue qu'ils ne discutent de toute manière pas.
Il est au contraire à relever très positivement que l'Institut National Genevois a voulu permettre au public de la région d'entendre différents acteurs de ces vastes enjeux répondre à la question du développement de Genève et du CEVA en particulier, en apportant leurs informations avisées. Les personnes invitées mardi agissent, certes, à des niveaux différents mais cela présente un grand intérêt justement, celui de la variété des approches. Et ne vous en faites pas, le public s'y retrouve très bien !
Merci à l'ING d'ouvrir le débat à la population.
Marie-Paule Blanchard-Queloz

Écrit par : marie-paule Blanchard-Queloz | jeudi, juin 18, 2009

Comme d'autres l'on dit avant moi, il est aberrant d'opposer des projet complémentaires!
Rien n'empêche de construire le CEVA et développer Colovrex, rien n'empêche de délester le PAV de certaines entreprises et d'y implanter un RER efficace qui pénètre le tissu urbain (rôle premier du RER) vers Champel, les Eaux-Vives, Chêne-Bourg, complété par une liaison en surface vers Saint-Julien.
Commençons par le commencement, réalisons le chaînon manquant du CEVA, puis élaborons, tout en construisant (hé oui!) le futur de l'agglomération FVG! Il est absurde d'imaginer que l'argent du CEVA (qu'il a été si dur de rassembler) sera injecté de suite dans des projets qui n'ont pas passé les phases étude, élaboration, programme... Et combien d'oppositions y aura-t-il à ces belles idées? Si les Champelois ont été si tenaces, qui vous dit que d'autres ne le seront pas, et cette fois avec, peut-être, des arguments bien plus valables?
Ce discours monologique (et vraiment peu constructif!) consistant à démolir le RER tel qu'il est planifié ne rime à rien (Au passage, le CEVA n'a rien du XIXe siècle, vous verrez bien). Construisons déjà ce bout de voie, mettons sur pied un système alternatif à la voiture puis améliorons-le progressivement.
De plus, et c'est là une des faiblesses de l'argumentation, vous mettez en parallèle W.Peter, qui ne se soucie pas du développement durable de la région, de la mobilité non-polluante et du futur de l'agglomération (qui ne veut simplement pas un train sous le Plateau... bel esprit), et C.Pictet, qui il est vrai a le mérite d'imaginer et de planifier des projets (comme le veut son métier), même si l'on peut ne pas être d'accord avec toutes ses propositions.
Mais ou est le sens d'allier un opposant pur et dur, qui usera de tous les moyens à sa disposition pour retarder le projet, et un architecte qui propose des idées (réalisables ou non) ?
Ce débat fige complètement deux aspects bien distincts: le développement de la région, autour d'un axe fort de transports publics, puis des ramifications depuis des pôles de développement (rien n'empêche Colovrex d'en faire partie), et une opposition stérile à un bout de ligne ferroviaire, qui pousse les opposants à attaquer le coût, après avoir attaqué (et échoué) sur le tracé, les vibrations, l'abattage de certains arbres, le passage de camions, l'arrivée de dealers par le train vers Champel... Cette multitude d'arguments ne prouve que le manque de sens de leur opposition.
Faites donc la part des choses, et si vous vous inquiétez réellement du futur de l'agglomération, laissez donc au moins les travaux commencer!

Écrit par : juan | jeudi, juin 18, 2009

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