mercredi, juin 03, 2009

"Deux milliards pour le CEVA, c'est trop! Le référendum sera lancé!"

vidéo peter 2 juin 09.jpgtransferis aéroport.jpgL'avocat Wolfang Peter, l'un des tout grands spécialistes de l'arbitrage international de Genève, ne décolère pas. Il a refait les calculs du Conseil d'Etat et prend le ministre Cramer en défaut. Ce n'est pas 940 millions, comme le canton l'a budgété en 2000, ni même à 1,47 milliard, comme rectifié récemment, mais bien à 2 milliards de francs que coûtera fin 2015 la liaison Cornavin Eau-Vives Annemasse. Quant au déficit d'exploitation, le président de l'Association pour une meilleure mobilité ne croit pas qu'elle tiendra dans l'enveloppe de 32 millions par année.

[Voir la vidéo de la conférence d'hier soir à l'Institut national genevois]

"Nous ne contestons nullement la nécessité de raccorder Cornavin au réseau français, plaide Wolfgang Peter, mais le CEVA absorbe vraiment trop de ressources financières pour un service qui ne résoudra pas les problèmes de l'agglomération franco-valdo genevoise. Nous lancerons donc le référendum, si le grand conseil vote la rallonge de crédit que sa commission vient d'adopter", a-t-il anonncé hier soir devant une salle presque comble de l'Institut national genevois.

L'avocat a défendu la liaison ferroviaire La Praille Bardonnex Saint-Julien et la réalisation d'un tram rapide Annemasse-Eaux-Vives, qui offrira, promet-il, à un coût bien moindre, autant de capacité entre Annemasse et le centre-ville que le CEVA sans obliger les voyageurs à changer de mode de transport aux Eaux-Vives.

Deux portails de transport public pour moins cher que le CEVA, comment la République s'est-elle donc enferrée?

Le cycle de l'Institut national genevois sur le thème "Quelle Genève en 2030?" se poursuit mardi prochain 9 juin avec l'architecte Charles Pictet qui présentera son projet de reconstruire la gare de La Praille à Colovrex, au nord de l'aéroport.


"Pour être juste et complet, ajoute l'avocat, il faudrait ajouter aux 2 milliards de la facture du CEVA, les 400 millions du tram Bachet-de-Pesay Saint-Julien, que le Conseil d'Etat prévoit dans la projet d'agglomération franco-valdo-genevois. Le surcoût du CEVA, c'est le tunnel entre Carouge et Champel qui n'a pas fini de nous réserver des surprises." Et Peter de projeter une coupure de presse du Spiegel montrant l'effondrement des archives de Cologne, suite à la construction d'un métro dont le budget initial a plus que doublé. "Pas un projet ferroviaire en tunnel n'a d'ailleurs tenu ses budgets en Suisse", assène-t-il encore devant une grosse centaine de personnes majoritairement acquise à sa cause.

Pas complètement, car David Favre, le jeune directeur de Transferis, entrerpise créée par les CFF et la SNCF pour concocter l'horaire cadencé des 230 kilomètres du futur RER genevois, a réussi à se faire applaudir lorsqu'il a dénoncé "la prétention du tram-train que les "anti-ceva" proposent et qui viendra encombrer encore les Rues Basses, où le tram lambinent lamentablement".

David Favre n'a pas répondu aux arguments financiers du principal orateur de la soirée. Il n'était pas le bon interlocuteur, ce qui a d'ailleurs quelque peu faussé le débat qui a suivi. Il aurait pu tout de même préciser que les budgets votés n'incorporent jamais l'inflation et que ces surcoûts (non liés à des prestations nouvelles) donnent toujours lieu à des crédits supplémentaires. Espérons que le débat que l'Institut national organise le 16 juin au terme de son cycle de conférences consacrées au thème "Quelle Genève en 2030", réunira des protagonistes qui élargiront la problématique.

Face à une salle quelque peu hostile, le directeur de Transféris a vaillamment défendu "le maillon manquant du réseau express régional genevois qui permettra à des skieurs de Stuttgart de rallier Saint-Gervais en ne changeant qu'une fois de train..." On trouvera l'essentiel de sa démonstration sur le site du CEVA. précisément ici. On trouvera aussi dans ce blog quelques commentaires critiques ici et .

David Favre n'a pas présenté la superbe vidéo (ci-dessus) que Transferis a postée sur Youtube. Aurait-il mieux convaincu une assistance critique et un peu acerbe? Les "anti-ceva" ont sans doute de la peine à avaler la couleuvre que le Grand Conseil leur prépare. Le président Eric Leyvraz n'était pas en mesure de répondre ce matin. Mais le rapport de la commission des travaux sera très vraisemblablement voté en urgence le 25 juin prochain. Ce qui représenterait un réel handicap pour récolter les 7000 signatures nécessaires à l'aboutissement d'un référendum. Un vote estival qui n'est pas sans rappeler celui du 28 juin 2002 quand le Grand Conseil a voté le crédit principal de 440 millions sans soulever à l'époque de réaction populaire.

Tout entier attachés à défendre leur contre-projet d'un RER Cornavin-Saint-Julien, doublé d'un tram rapide Annemasse-Eaux-Vives, les opposants auront sans doute aussi de la peine à convaincre les Genevois à donner un coup de frein au CEVA. Il leur faudrait pour cela prendre un peu de recul et mobiliser les habitants du sud du canton et de la rive droite qui payeront aussi la facture sans obtenir aucun avantage du CEVA.

Et pour cela, les opposants au CEVA devront franchir le mur de quelques idées reçues qui n'ont pas été évoquées hier soir:

  • Comment se fait-il que le CEVA désserve si mal l'aéropor? La réponse est ici.
  • Combien coûtera le maillon manquant du RER Coitrin-Cornavin par Pregny et le parc du Palais des Nations, sans lequel le RER sera engorgé?
  • Pourquoi n'avoir pas étudié une traversée du lac ferroviaire et autoroutière qui permettait de cumuler les financements fédéraux (routes et trafic d'agglomération) et surtout de boucler d'ici 2020 le périphérique de Genève actuellement renvoyé au-delà de 2030 et d'éviter, à Annemasse et à Cornavin, les rebroussements des michelines venant d'Annecy et de la vallée de l'Arve pour relier l'aéroport, tout en desservant toutes les gares du CEVA sauf une, celle de Champel?

JFM

 

 

Commentaires

On sait depuis le début qu'un référendum sera lancé... vraiment pas nouveau.
Alors on votera, le peuple, qui sait où sont les priorités, acceptera les crédits et on construira enfin le CEVA!
On saura sur le dos de qui mettre la hausse de coûts et on pourra dans 5 ans se déplacer dans toute la région dans des trains de nouvelle génération.
Juan

Écrit par : Juan | mercredi, juin 03, 2009

Merci de votre commentaire. Pourrions nous en discuter une fois en direct autour d'un café? Bien à vous.

Écrit par : JF Mabut | mercredi, juin 03, 2009

A force d'opposition et de blocage, il n'est pas étonnant que les coûts du CEVA aient pris l'ascenseur. Il faut définitivement accélérer ce projet que l'on puisse voir quelques réalisations une fois pour toute à Genève puis passons au PAV, puis à la rénovation de la Gare Cornavin et finalement à la traversée de la Rade... Ensuite, nous serons enfin une région métropolitaine digne de ce nom.

Écrit par : demain | mercredi, juin 03, 2009

Les commentaires sont fermés.