vendredi, mai 01, 2009

Cramer se succédera-t-il à lui-même

cramer robert hotel de ville.jpgRobert Cramer cherche-t-il à se succéder à lui-même? La question qui fait écho à une autre: comment piloter le projet d'agglomération franco-valdo-genevois? Et plus largement, comment piloter les grands projets d'urbanisme du canton? La législature qui s'achève aura montré qu'en ce domaine les institutions genevoises ont atteint leurs limites.

L'idée de confier à un super manager l'urbanisation des futurs quartiers Praille, Acacias, Vernets (PAV) n'était pas mauvaise. Mais la démission, trois mois après sa nomination, de l'oiseau rare de Mark Muller, dont on avait rogné les ailes avant son envol, a fait retomber la gouvernance de ce projet stratégique dans les affres de coordination où tous les pouvoirs s'annulent. Seule la réalisation de l'idée de Charles Pictet de reconstruire la gare à Colovrex peut sauver le PAV de l'enlisement dans les alluvions de l'Arve.

Le projet d'agglo a partiellement échappé à cet écueil, car, dans ce cas, c'est le conseiller d'Etat en charge du territoire qui tient ferme la barre et a su faire miroiter à ses amis français quelques retombées de la loi fédérale sur le financement des infrastructures (CEVA, trams d'Annemasse, de St-Julien, de St-Genis) et un partage de l'emploi qui ne lui coûtait pas cher.

Sur ce plan Robert Cramer a assumé ses responsabilités et a démontrer ses talents de fin stratège. Il a failli cependant, en imposant à une classe politique asphysiée ou achetée - l'Etat est un groupe mandataire et distribue largement ses subsides - un projet dont les grandes lignes sont quasi ficelées sans qu'aucun débat démocratique n'ait eu lieu. Tout le contraire de la démarche du grand pari(s), où dix bureaux d'architectes ont planché sur l'avenir de la ville lumière et de ses banlieues.

Qui sera le Cramer de la nouvelle législature 2010-2013? Cramer lui-même?


Certes Pierre François Unger lorgne sur la gouvernance du projet d'agglo depuis quelque temps. Mais l'urgentiste n'a guère montré des qualités de coureur de fond nécessaire à ce genre de politique. On ne l'a jamais entendu sur la stratégie des transports qui reste la colonne vertébrale et le coeur du financement du projet d'agglo.

Mark Muller, patron d'un CEVA obsolète, a subi un lourd échec avec la gouvernance du PAV. Sa politique foncière libérale qui a consisté à augmenter les prix des terrains est désastreuse. Les communaux d'Ambilly n'ont toujours pas démarré. Pire, le magistrat n'a aucun charisme, aucun discours capable de séduire les Genevois. Sa carrière à l'exécutif cantonal pourrait d'ailleurs bien s'arrêter au soir du 11 octobre prochain.

François Longchamp, faute d'obtenir l'Instruction publique, voudra sans doute sortir du traquenard du social et de la solidarité en période de crise. Charles Beer restera sans doute au DIP pour sa dernière législature. Mais il n'a pas éclaté non plus ces quatre dernières années.

Reste parmi les sortants, David Hiler. Solidement ancré aux finances, il pourrait vouloir lui aussi changer d'air. Fort en thème, mais nul en charisme, il aurait quelque intérêt à quitter la rue du Stand sur un bilan perçu comme positif, avant que la crise ne plonge à nouveau Genève dans les chiffres rouges.

Quant aux trois femmes en lice - la libérale Rochat, la verte Kunzler et la socialiste Pürro - elles paraissent trop inexpérimentées pour leur confier les clés de l'aménagement du territoire et de la région. Certes Isabelle Rochat est maire d'une ville, mais saura-t-elle convaincre les communes de l'importance de construire la ville en ville, de densifier donc, elle qui a contribué à réduire sensiblement le potentiel de logements des communaux d'Ambilly?

Il ne reste donc que Robert Cramer. Le nouveau Conseil d'Etat pourrait créer un ou deux postes de magistrats, chanceliers ou secrétaires d'Etat, à qui il pourrait confier la réalisation de quelques projets stratégiques du canton:

  • la métropole genevoise de 2030 (ex-projet d'agglo reconfiguré grâce à la l'introduction d'une traversée du lac routière et ferroviaire)
  • la réforme des trois cycles de l'enseignement obligatoire (en y introduisant le principe des crédits et des chèques scolaires permettant aux élèves en difficulté de financer des cours d'appuis et de rattrapage)
  • la construction du PAV associée à la reconstruction de la gare de la Praille à Colovrex
  • la création de l'assemblée régionale Genève +
  • la nouvelle politique de l'énergie pour une société à 2000 watts.
  • la réforme des communes (en créant les communes citoyennes)

Pour votre information. Robert Cramer a intronisé ce mardi la nouvelle commission consultative cantonale pour l'aménagement du territoire. Enfant de la loi 10320, adoptée par le Grand Conseil la commission est désormais grosse de 49 membres, 25 de plus que l'ancienne. Voici leur nom pour la période du 22 avril 2009 au 28 février 2010.

  1. Christophe Aumeunier,
  2. Benaouda Belghoul,
  3. Roger Golay,
  4. Ernest Greiner,
  5. Marie Holdener,
  6. Ludwig-Anton Muller,
  7. Claude Uldry,
  8. Mario Cavaleri,
  9. Michel Ducret,
  10. Thierry Cerutti,
  11. Virginie Keller,
  12. Christine Delarue,
  13. Béatrice Manzoni,
  14. Lauren Daddeley,
  15. Jean-Jacques Oberson,
  16. Marie-José Wiedmer-Dozio,
  17. Marozia Carmona Fischer,
  18. Serge Dal Busco,
  19. Claude Genequand,
  20. Catherine Kuffer,
  21. Ferdinand Le Comte,
  22. Claude Marullaz,
  23. Arthur Plee,
  24. Isabel-Ann Rochat,
  25. Martine Roset,
  26. Roland Sansonnens,
  27. Fernand Savigny,
  28. Alain Walder,
  29. Alain Carlier,
  30. Jan Doret,
  31. John Lateo,
  32. Sabine Von Der Weid,
  33. François Erard,
  34. Charles Lassauce,
  35. Françoise Chappaz,
  36. Ruth Banziger,
  37. Marc Brunn,
  38. Benoît Genecand,
  39. Christophe Ogi,
  40. Eric Rossiaud, M
  41. Victor De Oliveira,
  42. Jean-Michel Karr,
  43. Nicolas André Aune,
  44. Sandro Rossetti,
  45. Natacha Litzistorf,
  46. Marcos Weil,
  47. Nicolas Rufener,
  48. Marcellin Barthassat.

La modification de la composition de la CAT répond à l'élargissement de ses compétences, qui comprennent désormais – en plus de sa contribution à l'élaboration du plan directeur cantonal – le suivi du projet d'agglomération franco-valdo-genevois. Dans cette optique, la représentation des élus au niveau cantonal, des communes et de la société civile a été notablement renforcée.

JFM

Commentaires

Ah Paris! Tout y est tellement beau. On aime en tout cas à montrer cette ville en exemple. Cela dit, M. Mabut, je ne vois pas le moindre rapport entre le débat démocratique et les dix bureaux d'architectes qui ont planché sur le projet de Sarközy, qui, je vous le rappelle, n'est absolument pas maire de Paris. Il agit donc au nom de la France tout entière, mais il n'est pas sûr que les Français consultés accepteraient dans leur majorité de payer des impôts pour Paris, alors que dans leur même majorité, ils n'y vivent pas: l'agglomération parisienne elle-même ne constitue qu'un quart de la population totale. Il s'agit ici de monarchisme républicain dans toute sa splendeur, et faire du projet de Paris un exemple de débat démocratique, c'est un peu comique. Les bureaux d'architectes ont pu concourir, mais cela existait déjà, ces concours, sous les princes héréditaires et les Napoléon.

Notez que je ne m'en plains pas forcément, mais je trouve votre raisonnemement très bancal. Peut-être est-ce lié à votre empressement à rejeter le CEVA: jen ne sais pas.

Sinon, pour l'agglomération transfrontalière, M. Cramer, je pense, est apprécié pour la sympathie personnelle qu'il peut inspirer et sa bonne volonté, mais je pense aussi que les Français voisins sont plutôt déçus par son manque d'efficacité. Il est donc à mon avis un peu erroné de dire qu'il tient fermement la barre.

Écrit par : Rémi Mogenet | vendredi, mai 01, 2009

Vous avez raison M. Mogenet, il ne tient pas fermement la barre mais il tient fermement le bar !

Écrit par : Octave Vairgebel | vendredi, mai 01, 2009

Étonnant. Je croyais que le double mandat était désormais interdit ? Comment Robert Cramer pourrait se succéder à lui-même dans ces conditions ? Je pense pour ma part qu'il est très bien à Berne. Rendons-lui service et évitons-lui ces va-et-viens incessants. Qu'il reste à Berne où à défaut de faire du bon travail, il a au moins un impact beaucoup moins grand sur notre canton...

Écrit par : Kad | samedi, mai 02, 2009

Si seulement Monsieur Cramer pouvait se succéder à lui-même.
Nous lui devons tant à Genève! Pour commencer, nous lui devons des idées, puis de la mise en forme, de la cohérence, du rassemblement et de la réalisation.
Et comme Monsieur Cramer est en fin de mandat en cette période pré électorale, nombre de médisants se défoulent sur le net et sur la voie publique sans rien bâtir.
Puisse Monsieur Cramer construire encore longtemps, avec son sens très pointu de l'autodérision et son goût proncé du terroir, de notre Genevois.
Merci Monsieur Cramer et donnez-nous encore l'occasion de voter pour vous... Par votre présence hors normes, je suis chaque jour certain que Genève est une démocratie qui, parfois, reconnait ceux qui sortent des rangs. Bravo.

Écrit par : Yann | mardi, mai 05, 2009

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