lundi, mars 23, 2009

Entre Cornavin et Cointrin, le coeur du CEVA balance

transferis aéroport.jpgQue sont trois minutes d'arrêt à Cornavin avant de rebrousser chemin pour desservir la gare de l'aéroport! Tel est l'argument que servent les partisans du CEVA quand on leur fait remarquer, que conçu au XIXe siècle, avant que l'avion n'existât, le CEVA ignore Cointrin. La gare de l'aéport que je propose de rebaptiser GVA (Genève Voltaire Aéroport) est, comme chacun sait, au coeur d'un bassin d'emplois important et la meilleure plate-forme modale du canton, puisque le site assure l'échange idéal entre la voiture, le train, les TPG (et même le vélo via Palexpo) et bien sûr l'avion. Tandis que Cornavin est de plus en plus difficile d'accès en voiture. Et même que les trams et les bus y bouchonnent.

Certes en venant d'Annemasse, trois minutes d'arrêt à Cornavin avant de rejoindre GVA, ça n'est pas grand chose, mais c'est ignorer que la vocation première d'un train n'est pas de transporter des passagers sur 20 ou 30 kilomètres, mais sur 200 ou 300 kilomètres entre les métropoles européennes. Il est heureux d'utiliser des voies ferroviaires internationales pour y faire circuler un RER, il est fâcheux de concevoir un RER pour y faire circuler des trains internationaux!

David Favre, directeur de Transferis, que nous avons rencontré il y a une semaine dans les bureaux du CEVA, rue Pellegrino Rossi (lire notre billet prédécent), convient que "le noeud de Châtelaine est un problème et que Cornavin manque de capacité". En fait, comme le montre le schéma du furur réseau [cliquer sur le vignette pour l'agrandir], le CEVA ignore tout simplement la desserte de l'aéroport.


Ainsi, les trains venant de Lausanne devront choisir: soit de circuler vers Cointrin-GVA soit d'aller à Annemasse. Même chose en sens inverse. Les trains venant d'Annecy en direction de Lausanne devront opérer un premier rebroussement en gare d'Annemasse, puis choisir Cornavin ou Cointrin. Ils ne pourront jamais desservir les deux gares l'une après l'autre. La seule solution sera pour les passagers d'Annecy de changer de train à Cornavin. Ou, comme l'envisage la direction de Transferis, couper les rames du RER en deux au niveau de la gare du Pont Rouge, la rame avant allant à Cornavin et la rame arrière à Cointrin. Bravo la qualité de la desserte de GVA! Les passagers de Thonon-Evian éviteront certes le rebroussement à Annemasse, mais seront confrontés devant le même dilemme une fois sur la rive gauche du lac.

Il suffirait, proposent les partisans du CEVA, de boucler la boucle en reliant Cointrin à Cornavin par le nord. Ce curieux projet non chiffré existe en effet noir sur blanc dans le projet d'agglomération qui - faut-il le rappeler - n'a jamais fait l'objet d'un vrai débat au Grand Conseil. Ce curieux projet passant sous le Grand Saconnex et le Vidollet (un deuxième Champel?) sacrifie à tout jamais une bonne connexion de l'aéroport depuis la Suisse puisque les trains seront contraints de passer par la gare de Cornavin, déjà notoirement trop petite.

agglo centre ville.jpg

C'est une nouvelle illustration d'un défaut de conception majeur du CEVA. Défaut qui serait résolu en passant par une traversée ferroviaire du lac, laquelle ne réduirait en rien la desserte par le RER du futur quartier de Praille Acacias Vernets et même de Carouge puisque les voies existent déjà. Même chose bien sûr du côté de Champel.

En fait l'abandon du CEVA ne sacrifie qu'une seule gare, celle de Champel. Pourquoi ne pas faire circuler un tram entre Eaux-Vives et Carouge en ressuscitant le fameux pont sur l'Arve qui devait relier la route du Val d'Arve à l'avenue Louis-Aubert? (Voir Schéma ci-dessous)

En cumulant les budgets du CEVA et ceux de la traversée autoroutière, tout autant indispensable pour soulager la ville (et en particulier les quais) de la circulation automobile, le projet de la traversée de la rade projette Genève vraiment dans le XXIe siècle.

Val-d Arve.jpg

JFM

 

Commentaires

si je trouve cette analyse très pertinente il n'en reste pas moins qu'elle sous entende qu'il faille choisir. Probablement que c'est là le paradoxe genevois ou l'on doit se déterminer par exemple entre une petite, une moyenne ou une grande traversée du lac alors que la solution réelle est cumulative d'au moins deux des trois.

Écrit par : bison fûté | lundi, mars 23, 2009

Bonjour,

Je ne comprends pas pourquoi le CEVA ne pourrait pas inclure une bonne desserte de l'aéroport. Il n'y a pas besoin de passer sous le lac, reprendre un projet à zéro et réinventer la roue.
Abandonner le CEVA sous prétexte que l'aéroport n'est pas bien desservi selon la planification de Transferis est absurde. Il faut travailler sur le noeud de Châtelaine, y implanter pourquoi pas une halte RER à terme, et faire en sorte que des transversales soient possibles: Coppet-La Plaine, Annemasse-Cointrin en plus du Coppet-Annemasse et au-delà. Un changement à Cornavin n'est à court terme pas très contraignant (3 minutes) même si un accès direct serait certes bénéfique à terme.
Mais le CEVA peut répondre à ces problèmes. Même si Cornavin reste et restera la gare centrale de Genève, La Praille pourrait jouer un rôle plus important notamment pour les trains venant d'Evian, Annecy, Chamonix et allant directement à Cointrin. Il n'y a aucunement besoin de passer sous le lac, imaginer un tram au parcours surprenant, et reficeler des budgets, le CEVA lui est prêt. L'exploitation du projet peut évoluer et s'améliorer.

Juani

Écrit par : Juani | lundi, mars 23, 2009

Bonjour Juani, vous avez parfaitement compris le problème. Des trains pourrait très bien relier Evian ou Annecy à la gare de l'aéroport sans passer par Cornavin, mais alors Cornavin n'est pas plus la gare principale de Genève et le problème des horaires s'en trouverait démultiplier. Une traversée de la rade permet en fait d'utiliser les infrastructures existantes et de régler également l'autre problème clé de la mobilité genevoise: le désengorgement de l'autoroute et des quais de la Ville grâce à une traversée ferroviaire ET routière. L'avantage de passer par la rade c'est que d'Evian de St Gervais d'Annecy ou de St Julien pour accéder directement à l'aéroport depuis le Vengeron grâce à la ligne prévue de longue date qui doit supprimer le cul de sac de la gare de Cointrin. Ensuite vous accéder à Cormavin et poursuivez sans problème vers Lausanne ou vers Bellegarde. Venant de Lausanne vous passez d'abord par Cornavin puis par Cointrin puis vers Annemasse et la Haute Savoie sans aucun rebroussement.
Quant à dire que le budget du CEVA est ficelé, je pense que vous allez un peu vite en besogne. L'augmentation du budget de 950 millions à 1,45 milliard ne va pas passer comme une lettre à la poste. Bien à vous

Écrit par : JF Mabut | mardi, mars 24, 2009

Quelques petites choses avec lesquelles je ne suis pas d'accord.
Le CEVA est une offre de transports publics, financée et pensée comme telle. Une traversée ferroviaire et routière est un mélange de TP et transports privés. Problème: L'offre privée profiterait de l'installation autant que les TP alors qu'ils ont été laissés de côté au profit de la voiture pendant des décennies. Augmenter l'offre privée, c'est aussi permettre un trafic plus important, donc légitimer la voiture dans son utilisation effrénée.
De plus, une traversée ferroviaire ne permettrait pas de desservir, comme un RER, le centre de la ville à part Cornavin. Des quartiers entiers tels les Eaux-Vives, Hôpital-centre, Chêne-Bourg ou même La Praille (qui n'aurait de liaison que du côté Cornavin) ne seraient pas desservis: là est un des intérêts majeurs du CEVA, soit une liaison directe Suisse romande-France voisine-Sillon alpin ET un desserte urbaine et périurbaine.
Enfin, concernant, le financement, le CEVA a besoin d'un rallonge certes, mais celle-ci comprend des améliorations considérables et un renchérissement prévu (comme dans tout projet de cette ampleur sur 8 ans). Rien ne vous dit qu'une traversée comme vous la pensez soit moins chère (j'en doute fort), soit votée par le Grand Conseil, hérite d'une manne fédérale enviée par toute la Suisse, et ne tombe pas sous le coup de référendums, oppositions (également cette fois-ci des milieux environnementaux) et autres recours.

En cela, le CEVA est nettement le projet à effectuer au plus vite. Il ne réglera pas tous les problèmes, mais permettra une transversale directe à laquelle viendront se raccorder les réseaux de tram, de bus et de mobilité douce des deux côtés de la frontière.

Juani

Écrit par : Juani | mardi, mars 24, 2009

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