mardi, mars 17, 2009

Combien de voyageurs pour le CEVA?

pendualaires savoie 2007.jpgC'était le secret le mieux gardé de la République! Dix mille, vingt mille, cinquante mille? Combien de Savoyards, combien de Genevois, combien de pendulaires vont-ils emprunter quotidiennement le CEVA? On sait que les mouvements à travers la frontières dépassent 400'000 par jour. [cliquer sur les vignettes pour agrandir les images]

Voilà des mois que je réclame un rapport sur cette question. Hier, j'ai été reçu au 16 de la rue Pellegrino-Rossi, en plein coeur des Pâquis, dans le minuscule bureau du CEVA, par Caroline Monod, dircom CEVA, Marie-José Brelaz dircom voyageurs CFF, et David Favre, directeur de Transferis. Transferis, c'est la société commune aux CFF et à la SNCF chargée de définir l'offre du futur RER franco-valdo-genevois: quelque 200 kilomètres de voie ferrées et 40 gares de Nyon à Saint-Gervais et de Bellegarde à Evian. Simple! La croix ferroviaire franco-valdo-genevoise est loin du maillage parisien ou même zurichois!

pendulaires carte geneve.jpgEt bien détrompez-vous, la frontière ne se résume pas à quelques petites croix sur une carte de géographie, elle sépare deux mondes aux traditions administratives, statistiques et même techniques fort différentes. A l'heure où je vous parle, le CEVA n'est toujours pas capable de dire avec un minimum de sûreté combien de voyageurs iront d'ici - leur domicile - à là - leur lieu de travail. C'est que, pour obtenir ce genre d'information, il faut, comme le font les météorologues, découper l'espace en unités assez petites et installer des compteurs dans chacune d'elle. Le seul modèle dont disposent les prévisionnistes des transports dans la région genevoise a été concçu par l'ingénieur Dériaz. Mais sa pertinence s'arrête pratiquement à la frontière.

Transferis Favre.jpgC'est sans doute la raison qui a fait qu'il a fallu attendre près d'une heure pour que David Favre lâche enfin le chiffre fatidique de la fréquentation du RER genevois: 14'000!

14'000 passagers par jour ouvrable sont attendus sur les 200 km du réseau express régional genevois, où circuleront 40 à 60 rames capables d'embarquer 378 passagers (en version courte, jusqu'à mille passagers en version triple un train de 220 mètres de long), quand le CEVA aura été inauguré. Sur ces 14'000 passagers, 3000 ne circuleront qu'en France.

En 2020, ce sont 50'000 passagers par jour que le RER genevois devrait transporter, c'est-à-dire la fréquentation actuelle de la ligne Genève Lausanne. Et encore pour atteindre cette objectif, le CEVA ne suffira pas, concède le directeur de Transferis. Il faudra comme le dit joliment Marie-José Brélaz, des CFF, dans l'une de ses rares interventions, "améliorer la chaîne de mobilité".


La chaîne de mobilité, c'est l'ensemble des dispositifs qu'il faut mettre en oeuvre pour inciter les banlieusards du grand Genève à emprunter le RER. Et qui ne sont pas contenu dans le budget CEVA. A commencer par les parkings d'échange. Le comité de pilotage en parle à chacune de ses séances m'assure David Favre. Mais ce sont les communes et les syndicats intercommunaux en France qui sont chargés de les construire et de les financer!

Je crains le pire. Je ne vois pas pour quelle raison, les communes du Chablais ou celles de la vallée de l'Arve construiraient des parkings relais, à proximité des gares pour les beaux yeux des Genevois. D'autant que les gares sont désormais englouties au coeur des cités et souvent difficilement accessibles en voiture, sans parler de la pollution que ces cités devraient supporter soir et matin. En fait c'est en dehors des cités qu'il faut construire des P+R, là où le chemin de fer croise une route à grande circulation, comme à Etrembières ou à Saint-Cergue. Mais personne ne parle de tels projets.

Prochaine note: le CEVA ignore GVA (Genève Voltaire Aéroport)

Et en attendant voyez cette vidéo du futur CEVA qui s'arrête à Annemasse. Les cadences "quasi-métro" du RER genevois seront le quart d'heure entre Cornavin et Annemasse de 5 heures du matin à 1 heures du matin. Puis d'une demi-heure vers Evian, Saint Gervais et Annecy. La formule "quasi-métro" utilisée par David Favre est un brin trompeuse. Tant le M2 lausannois que les métros des grandes cités ont des cadences qui oscillent entre 3 et 10 minutes.

 

Commentaires

Les collectivités françaises (région, département, communes,...) de Haute-Savoie n'ont pas attendu (et ne vont pas attendre) le RER pour travailler sur les chaines de mobilité, et notamment le rabattement sur les gares (voir tout le travail de la Région sur le sujet depuis ces dernières années).
Dans cette idée, il semble évident que ces points ne sont pas inclus dans le budget CEVA (et surtout celui de la Suisse). D'ailleurs, les financements de telles infra sont généralement partagés entre Région, Département et collectivités locales.

La politique actuelle du Conseil Régional est de développer le rabattement sur les gares, mais au minimum par l'intermédiaire du véhicule personnel. Cela ne veut pas dire qu'aucun travail n'est fait sur la création de parkings relais, mais les efforts se portent plus sur les modes doux et les transports urbains et interurbains...

Écrit par : Rémi | mardi, mars 17, 2009

Pourquoi êtes-vous si méprisant Monsieur Mabut?
Vous avez décidé une fois pour toutes que le principe du RER (réalisable avec le CEVA) ne vous convenait pas et quelles que soient les informations qu'on vous donne vous les méprisez.
Si on vous avait dit 100'000 personnes vous auriez dit que ces personnes exagéraient et si elles sont réalistes en disant 50'000, vous les jugez incompétentes!
50'000 personnes dans les trains cela veut dire en tous cas 30'000 voitures de moins dans nos rues de villes et de villages!
De plus ce réseau est amené à se développer.,..alors s'il-vous-plaît, cessez le mépris et soyez plus positif!

La région a besoin de cette infrastructure!

Écrit par : suzyd | mardi, mars 17, 2009

Cher(e) Suzyd, je ne suis pas méprisant et je ne suis pas contre le RER au contraire. Lisez ce blog et Vu du Salève pour vous en convaincre.
Je constate seulement que le projet CEVA, voté par les députés en juin 2002, n'était pas fondé sur des études suffisantes, mais uniquement sur la perspective d'obtenir 550 millions de la Confédération en raison d'un accord vieux d'un siècle. ça n'est pas méprisant que de le dire.
Les 50'000 passagers seront essentiellement transportés entre Nyon et Praille Acacias comme c'est le cas déjà aujourd'hui. La question posée est: vaut-il la peine de dépenser 1,7 milliards de francs (1,5 milliards de francs suisses et 130 millions d'euros) pour connecter Cornavin et Annemasse, quand une traversée du lac ferroviaire et autoroutière offre des solutions bien meilleures non seulement au plan du RER FVG, mais pour la desserte de l'aéroport et la connexion entre les grandes villes.
@ Rémi Mogenet, vous avez sans doute raison, je ne connais pas suffisamment les projets de transports urbains des cités savoyardes. Ils concourent certainement à faire converger les habitants de ces cités vers leur gare. je remarque cependant que l'urbanisation de la Haute Savoie est très dispersé et rend quasi obligatoire l'usage d'un véhicule privé.

Écrit par : JF Mabut | mardi, mars 17, 2009

Pour éviter toute confusion, je ne suis pas Rémi Mogenet

Et je suis effectivement d'accord, l'habitat très diffu de la Haute-Savoie ne permet pas de toucher l'ensemble de la population avec des solutions de rabattement autre que le véhicule personnel.
Comme je l'ai dis, il existe des projets de parking relais. Il existe aussi des projets/idées de création de gare-relais, mais qui ne sont pas considérés comme prioritaires, étant donné l'état de l'infrastructure ferroviaire coté Français.
En effet, toute implantation de gare sur le réseau Haut-Savoyard nécessite des travaux d'accompagnement importants sur la réseau ferré (le Barreau Sud n'apporte rien dans ce sens d'ailleurs... il complique même plus les choses).

Le projet CEVA n'est pas parfait et n'apportera pas de réponse à tous les besoins. Mais c'est le projet qui, dans l'immédiat, apporte le plus de réponses aux besoins en déplacement du bassin genevois, soit la connexion entre le réseau Régional Suisse et le réseau TER de Haute-Savoie. Le Barreau Sud doit plutot être vu comme un projet complémentaire, qui serait réalisé par la suite.

Écrit par : Rémi | mardi, mars 17, 2009

J'ai la fâcheuse impression que M. Mabut part du principe que les Français ne font rien en matière de mobilité, qu'ils n'ont pas intérêt ou envie de développer les modes alternatifs de transports, les P+R, l'aménagement des gares, les bus de rabattement...
Mais c'est tout le contraire! Les communes françaises misent justement sur le CEVA (et n'ont absolument pas envie d'un barreau sud) pour développer leurs TP et proposer une alternative à la voiture. Les communes, syndicats, associations, élus locaux, régionaux, soutiennent à fond ce projet car il constitue la possibilité d'enfin sortir la Haute-Savoie de sa torpeur en matière de transports. Et ce ne sera pas pour les beaux yeux des Genevois mais pour toute l'agglomération franco-valdo-genevoise, pour les touristes, les travailleurs et tous ceux qui ne bénéficient à l'heure actuelle d'une offre TP convenable.

Enfin, l'expression de Transferis "Quasi-métro", montre bien la spécificité du projet CEVA, que JFM n'a pas pleinement comprise. Il s'agit d'allier trains grandes lignes, liaisons régionales et dessertes de proximité pour permettre, au centre-ville, une fréquence bien élevée (max 10 minutes d'attente) pour une traversée de la ville en moins de 15 minutes! Tout cela avec d'excellentes connexions avec les trams et les bus en ville pour une desserte plus fine. Il ne s'agit pas d'un métro mais d'une liaison RER a forte fréquence qui s'approche d'une cadence métro sur le centre de la ville. La région est elle desservie à une cadence 15 ou 30 minutes selon les destinations.

En prévision de votre prochaine note sur la desserte de l'AIG, un changement de 3 minutes à Cornavin n'est pas dramatique dans un 1er temps, mais Transferis planche assurément sur la question!

Salutations, Eric

Écrit par : eric | mardi, mars 17, 2009

Cher Eric, Merci de votre long commentaire. Je sais parfaitement que des élus français concernés par le CEVA font bloc désormais pour ce projet. Ils ont même créé un blog sur le site de la Tribune qui n'est malheureusement pas très actif. Quant à "sortir la Haute-Savoie de sa torpeur" - ce qui prouve qu'elle existait bel et bien - je reste convaincu qu'une traversée du lac ferroviaire et autoroutière répondrait mille fois mieux aux besoins de la Haute-Savoie et donnerait un véritable coup d'élan à une liaison ferroviaire Lausanne Annecy et plus largement Bâle Grenoble. Annemasse pouvant même dans ce cas prétendre devenir la gare de l'est de Genève.
Quant à dire que le CEVA sera utile à toute l'agglomération FVG, c'est vraiment faire acte d'aveuglement. je ne crois nullement que les habitants de Saint-Julien vont emprunter la ligne du pied du Salève pour se rendre au PAV à Cornavin ou à Cointrin et réciproquement.
Enfin, ce n'est pas moi qui est utilisé l'expression "quasi metro" à propos de la fréquence du CEVA, c'est M. David Favre, directeur de Transferis. Je n'ai fait que rapporter ses mots.
Bien à vous et au plaisir de faire votre connaissance autour d'un café car vous semblez bien connaître le dossier.
jfm

Écrit par : JF Mabut | mercredi, mars 18, 2009

Jean-François, on ne peut pas résoudre les problèmes de TOUTE l'agglomération avec un seul projet. Il est évident que les gens de Saint-Julien, Bardonnex & Co ne vont guère emprunter le CEVA. Mais ceux de l'agglomération Annemassienne, qui reste la plus importante de France Voisine, si. Et derrière, le bas Chablais et la Vallée de l'Arve, qui lui sont reliés par voie ferrée. C'est donc très loin d'être inutile.
Sur le fond, je suis d'accord avec toi, une traversée eût été encore plus utile, mais on ne peut pas sans cesse refaire l'histoire. La Traversée suivra, et le Barreau Sud ensuite, ainsi que les P+R en amont des villes frontalières. Et les tranchées couvertes de Ferney, et les extensions de tram vers Gex et Douvaine... En tout cas, espérons-le.
Relis tes classiques (Lucky Luke p. ex.), une voie ferrée, c'est comme une autoroute, ça draîne du monde et des activités dès lors qu'elle existe. Je ne doute pas que les estimations prudentes de fréquentation, qui sont basées sur des chiffres actuels, vont augmenter, une fois le CEVA en service. Parce que par exemple, des pendulaires vont chercher à se rapprocher de ce nouvel accès commode au coeur de la région.

Écrit par : Philippe Souaille | mercredi, mars 18, 2009

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