samedi, janvier 31, 2009

Trois images directrices et un gros non-dit

P1310084 doc 1.JPGLes 150 élus et militants de la société civile ont dû ingurgiter en trois quarts d'heure les projets élaborés en deux mois par trois bureaux d'étude: DeLaMa (Marchand), Lieux-Dits (Vialettes) et Mayor-Beusch. Tous ont tenté d'inscrire dans la pétale sur du projet d'agglomération franco-valdo genevois (entre La Praille et Neydens) 30'000 nouveaux habitants et 20'000 nouveaux emplois d'ici 2030.

Aucun des bureaux n'a évidemment remis en cause les prémisses de ce projet: la réalité de cette croissance démographique et l'absence supposée d'autres visions urbaines concurrentes. Or celles-ci existent, mais elle n'ont jamais été débattue publiquement. La dernière en date celle de l'architecte Charles Pictet qui propose de déplacer la gare de la Praille à Colovrex et de bâtir sur le PAV non plus 6000 logements mais 20'000, c'est à dire un gros morceau de ville, pourrait rendre caduque une partie du projet d'agglo. Mais il n'en fut pas question ce samedi à l'hôtel Ramada Encore.


P1310083 doc 1 marchand.JPGLe chef de projet Marchand associé à divers bureau présente son image urbaine. Elle suit l’axe de la route de Saint-Julien. Un tram y circulerait entre le Bachet-de-Pesay à Neydens une déserte locale très stratégique. Le bureau français s’est inspiré de Nantes et de Bordeaux. Les voies courent parallèlement à la colonne rurale manifestée par la rivière L’Aire.

On n’échappe pas aux clichés : le périmètre est éviemment au cœur de l’Europe, du monde même puisque l’aéroport est à un quart d’heure. Turin, Lyon et Grenoble à deux heures. Les nœuds autoroutiers existent. Il faut créer le nœud ferroviaire de la gare de Saint-Julien. Le bureau n’atteint pas à l’objectif des 30'000 nouveaux habitants  et des 20'000 nouveaux emplois. Ils n’en proposent que 20'000 et 10'000 emplois.

Le projet conserve le parc agricole de part et d’autre de l’Aire jusqu’à la route de base. L’urbanisation suit la logique de la ville linéaire chère au papies de l’association 500 mètres de ville en +. Une densification des zones villas. Une urbanisation du carrefour de l’autoroute de Perly avec un bâtiment haut pour marquer la porte de Genève. Puis en allant sur Saint-Julien de grands immeubles le long de la ligne du tram et la confirmation de la zone de loisirs de Neydens, autour de ces grands paquebots que sont la Migros, le Macumba et le Casino. Les Plan-les-Ouatiens troqueront-ils leur projet des Cherpines pour aller en tram taper le ballon à Neydens ?

P1310072 doc.JPGLe deuxième bureau Vialettes présente Lieux-dits : 30'000 logements un dispersé et 20'000 emplois. Pari tenu. C’est lui qui hier a dit : On a les pieds dans le PACA, déclenchant l’hilarité des élus. « Nous avons mis les pieds au milieu du terrain et nous nous sommes demandés : Quelle est l’identité commune du PACA ? Cette unité, c’est la percée encore non bâtie qui, descendant du Grand Piton passe par Bardonnex et descend jusqu’aux porte de la ville. Le cœur de notre projet c’est Saint-Julien.

Les mots des urbanistes s’égrènent comme un chapelet : structure, pôle, qualité urbaine, rayonnement métropolitain, axe. La douane de Bardonnex pourrait accueillir un futur campus transfrontalier. Un bus express sur l’autoroute relierait Saint-Julien au CEVA. Saint-Julien devient un pôle urbain de 25'000 habitants avec des pôles d’activités la ziplo, Bardonnex, Cervonnex et Archamps. Quant  au peu de campagne, elle sera consacrée à une agriculture urbaine, au maraîchage, à des parcs publics.

"Je n’ai rien compris" dit Liedenmeyer. Françoise Joliat maire de Confignon le rassure: «Je t’expliquerai».

Un quart d’heure c’est décidément bien court. Un instant retirés du brouhaha des tables, les maire de Plan-les-Ouates et de Saint-Julien qui ont eu droit eux à une présentation de trois quarts d’heure la veille trouvent aussi que l’exercice tient de la haute voltige.

P1310080 doc 3 mayor.JPGMayor-Beusch, la troisième équipe entame son marathon d’un quart d’heure. Manifestement du cru, le troisième bureau Mayor Beushc connaît mieux le territoire. Il parle du projet des Cherpines, de la zone agricole spéciale à destination de serres maraîchère à Certoux et Lully. Les mots sont densité, mixité, multipolarité, vert. Il s’agit de résonner avec l’idée en vogue d’habiter dans une grande ville à proximité de la nature. Le pôle de Saint Julien est encadré de trois campagne qui doivent être préservées à long terme.

Le député radical Gabriel Barrillier, assis à la table voisine de Bardonnex, chuchote à sa collègue socialiste Chatelain : « C’est pas mal comme projet. »  «C’est un projet de 1986" répond en écho Chappaz. Le projet crée 60% des activités côté français et le potentiel de logement de 30'000 habitants est respecté, moitié en Suisse, moitié en France.

Sans pause on passe à la discussion. "Vous avez les esquisses sur les tables et affichées au mur. Merci de répondre aux questionnaires. Et n'oubliez pas de désigner un rédacteur par table."

« Irréaliste, tranche Chappaz. C’est pas sérieux. Les gens ont bossé pendant des mois et nous en quelques minutes après une présentation d’un quart d’heure nous devrions donner un avis. On ne peut même pas discuter avec les auteurs. Comment comprendre leurs travaux. On nous prend pour des imbéciles. »

Mais les élus sont gens dociles et les quelques membres de la société civile présents sont rompus à ce genre d’exercice. Il ne vient à l’idée de personne de remettre en cause les règles du jeu. Les groupes se mettent au travail. L’ambiance est interloquée, curieuse, critique. Les ingénieurs tournent de table en table, tentent d’expliquer encore leurs projets.

Le député Daniel Zaugg n’est pas content lui non plus. Il n’a pas été invité et a découvert l’existence de ce grand raout en marge de la revue des députés, à laquelle il participe avec sa collègue Chatelain.  "D’où viennent les chiffres de la croissance démographique attendue ?" demande-t-il.  François Joliat a posé la question. Elle n’a jamais obtenu de réponse. Personne n’interpellera la direction du projet. Pas le temps, le rythme d’enfer imposé par elle efface toute velléité de rébellion.

La démocratie participative, ce n'est pas du gâteau!

JFM

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