mercredi, janvier 14, 2009

Le CEVA, un tracé du XIXe siècle

ceva 2016 tg 13 janv 09.jpgLes Vaudois l'appelle rev, les Genevois, plus parisianocentrés, rer. Le réesau express vaudois et le réseau express régional ont fait hier un grand pas en avant, rapportent les gazettes ce matin.

"Le RER franco-valdo-genevois propulse enfin l'agglomération (lémanique) dans le XXIe siècle", titre en tête de page Le Temps en offrant un schéma du réseau digne de celui qu'affichent les TPG sur les distributeurs de billets qui ne rendent pas la monnaie: complexe et un brin mensonger. Plus modestement, la Tribune installe la nouvelle en pied de page sous le titre "CEVA: un train toutes les dix minutes dans la région". Le schéma recentré sur Genève est un peu moins complexe. Lausanne, cette obscure bourgade, n'est plus reliée à la métropole (genevoise) que par un RER, certes accéléré, quand Evian l'est par un RER et un TER.

Evian sera ainsi en 2016 à une heure 17 de l'aéroport, mais Lausanne ne sera pas plus proche de Cointrin. Les schémas sont des schémas et il ne faut certes pas leur faire dire, ce qu'ils ne peuvent pas dire. Quitte à lasser, il convient toutefois de rappeler quelques faits rebelles.


On ne sait toujours pas combien de personnes emprunteront ces nouveaux moyens de transport. Faute vraisemblablement d'avoir intégré dans le projet CEVA non pas les gares dispendieuses de Jean Nouvel mais les moyens d'y arriver en bus, en tram ou en voitures.

Malheureusement les concepteurs du CEVA, qui nous vendent leur serpent urbain comme le Graal des trasnports publics du XXIe siècle, s'obstinent à ignorer que l'habitat autour du Grand-Genève est fort dispersé et que ce qui compte pour les habitants de région qui travaillent quelque part à Genève, c'est le temps de trajet total entre leur domicile et leur lieu de travail. Dès qu'il faut changer une, deux, voire trois ou quatre fois de mode de transport, le temps s'allonge. Ce temps est un véritable gaspillage économique, sans parler de la pollution lorsque bus et voitures sont dans les mêmes bouchons.

En observant les schémas proposés par les journaux, tous tirés des documents remis hier à la presse (cliquez sur le lien), on s'étonne de la place centrale que prend Cornavin, une gare en pleine ville. Conçue il y a 150 ans par les Français pour accueillir le Paris Lyon Marseille avant d'être connectée au réseau privé suisse, Cornavin est difficilement accessible aux voitures, le transfert modal n'y est donc pas idéal pour les voyageurs grandes lignes chargés de bagages.

On s'étonne aussi du fait qu'aucun RER ne semble relier la gare de l'aéroport, d'où s'envole et atterrisse tout de même plus de 10 millions de passagers par an... Ereur, oubli graphique? Ou hélas tout simplement erreur de conception du CEVA lui-même qui ne peut depuis Annemansse en raison de son tracé de 1912 relier à la fois Cornavin et Cointrin, sans obliger les trains à rebrousser chemin.

agglo centre ville.jpgLa solution consisterait à supprimer le cul de sac de la gare de l'aéroport, ce qui est, semble-t-il, prévu dans le projet d'agglomération franco-valdo genevois (cliquez sur la carte ci contre) mais n'a pas été évoqué hier.

A l'évidence une liaison Annemasse-Cointrin (via une grande traversée de la rade)-Cornavin mettrait les trains dans le bon sens pour drainer la côte lémanique. Tandis que le tracé de 1912 - à l'époque on n'avait peut-être pas les moyens techniques de traverser le lac - contraint le CEVA à ignorer Cointrin, qui n'existait pas non plus il y a 100 ans.

voeux 09.jpgConclusion. Le RER ne propulse pas l'agglomération dans le XXIe siècle mais dans le XIXe finissant! Comme la carte de voeux du projet d'agglo, il nous en met plein la vue, mais Genève aura une fois de plus raté le train. (http://www.projet-agglo.org/voeux2009/)

Le nouveau Conseil d'Etat qui sortira des urnes en automne prochain aura-t-il le courage de mettre à plat le CEVA? Le projet de Charles Pictet de reconstruction de la gare de la Praille à Colovrex sera peut-être l'occasion de réfléchir à un vraiplan des transports publics pour le XIXe siècle.

J.-F. Mabut

Commentaires

Encore une fois, le ceva est la base de l'édifice d'un RER performant, et aura besoin d'ajustements au fur et à mesure. Un RER ne se crée pas du jour au lendemain, il s'adapte, se développe aussi en fonction des déplacements et de l'urbanisation, mais surtout il permet de partir sur un schéma de mobilité clair et rapide dans toute l'agglo.
Concernant Lausanne, la ville sera toujours reliée par autant de trains (le direct, les trains pour Berne ou pour Brig et Milan). D'autre part, heureusement que Cornavin est un des centres principaux du RER (comme Annemasse et Eaux-Vives), c'est un pôle de correspondances et le coeur de la ville, qui est certes difficilement accessible en voiture (mais la voiture ne fait pas partie du RER!). L'aéroport de Cointrin ne figure effectivement pas sur le plan proposé ci-dessus, mais il figure sur ceux présentés à la conférence de presse d'hier (continuation des IR).
La boucle de l'aéroport vers Sécheron ou vers la côte est effectivement un projet nécessaire qui compléterait parfaitement l'offre RER de la région, engageons-nous donc pour qu'elle se réalise plutôt que de proposer une traversée sous lacustre qui offrirait un RER fin prêt pour nos (tout) petits-enfants. Un traversée ferroviaire (et non automobile) aurait été une bonne proposition il y a 25 ans lorsque le premier coup de pioche du ceva n'était pas pour demain (et aujourd'hui, il l'est!).

Salutation

Écrit par : eric | mercredi, janvier 14, 2009

Errare humanum est, perseverare diabolicum, disait-on. Merci cher janvier anonyme de confirmer que la voiture ne fait pas partie du RER. Tous les pendulaires, citoyens privés du droit de vote à Genève, qui ont dû quitter le canton faute d'y trouver à s'y loger apprécieront. Merci aussi de convenir que la logique plaide pour une traversée ferroviaire lacustre. La logique d'il y a 25 ans vaut toujours aujourd'hui non? Certes le CEVA ne sera pas tout à fait inutile et je n'ai jamais plaidé contre le CEVA à terme. Je pense seulement que ce n'est pas l'axe prioritaire. Construisons d'abord l'axe Cointrin Annemasse par la rade, puis, plus tard le raccordement Eaux-Vives Pont Rouge. Les 941 millions (en francs 2000) seront mille fois plus rentable, d'autant qu'il pourrait être additionné au budget des routes nationales pour construire aussi une traversée autoroutière qui comme vous le savez n'est pas le même budget que le budget du trafic d'agglonération.
Bien à vous jfm

Écrit par : JF Mabut | mercredi, janvier 14, 2009

Petite précision également pour ce blog: le lien de droite sous "CEVA" nommé "Association française contre le CEVA" fait référence à l'association AGFUT-DTC 74. Cette association n'est PAS contre le CEVA, bien au contraire, elle propose des aménagements constructifs pour le futur RER:

"Avant de vous fournir des explications sur le CEVA (Cornavin Eaux-Vives- Annemasse), je tiens à formuler une rectification de ce qui se dit ou s’écrit, à savoir que l’AGFUT - DTC 74 est contre le CEVA. Vous pensez bien ce c’est totalement faux puisque nous sommes à l’origine d’un aménagement supplémentaire pour le valoriser en demandant la création du raccordement d’Ambilly « shunt » soutenu par CLE (Conseil Lémanique Environnement - Genève)"

cité dans: http://agfut-dtc.74.over-blog.com/

Salutations, Eric

Écrit par : eric | mercredi, janvier 14, 2009

Il est surtout urgent de construire la traversée du lac entre le Vengeron et la
rive gauche par un pont routier et ferroviaire afin de boucler la boucle de con-tournement de la ville. Il est urgent de créer un débouché pour cette rive et aussi désenclaver le Chablais.En se raccordant au réseau français par la N 206 vers Findrol sur la route blanche. Par la route et la traversée du lac, Evian se trouverait à 25 minutes de Divonne et à 15 minutes de l'aéroport. Pour Genève
toute la circulation urbaine se trouverait repoussée à l'éxtèrieur de la ville.
La combinaison entre le CEVA et la traversée du lac avec raccordement aux CFF gare de Cointrin par Colovrex serait une belle réalisation. A peut-être?

Écrit par : brunisholz roger | mercredi, janvier 14, 2009

Quelques réactions sur l’article :

« Lausanne, cette obscure bourgade, n'est plus reliée à la métropole (genevoise) que par un RER, certes accéléré, quand Evian l'est par un RER et un TER. »
→ Le plan ne montre vraisemblablement que le réseau RER, pas les très autres nombreux trains qui continueront évidemment de relier les deux villes.  Si vous voulez, les actuels IR sont le RER accéléré de demain, et les Regio et IC resteront comme actuellement dans le réseau de trains.

« Evian sera ainsi en 2016 à une heure 17 de l'aéroport, mais Lausanne ne sera pas plus proche de Cointrin. »
→ Ce qui semble normal, aucune modification n’étant portée à la Genève–Lausanne si ce n’est quelques voies supplémentaires à certaines gares pour passer au quart d’heure.

« On ne sait toujours pas combien de personnes emprunteront ces nouveaux moyens de transport. Faute vraisemblablement d'avoir intégré dans le projet CEVA non pas les gares dispendieuses de Jean Nouvel mais les moyens d'y arriver en bus, en tram ou en voitures. »
→ Cornavin étant le nœud ferroviaire de ce réseau RER, il sera parfaitement intégré, et les lignes qui y convergent sont tout à fait suffisantes. À Lancy–Pont-Rouge, on y trouve un P+R et de nombreuses lignes. À Bachet, de nombreuses lignes aussi. Quant à Annemasse, il y aura tout loisir d’y réorganiser le réseau de bus, voire d’y prolonger le tram, puisque les fonds ont été débloqués. Bref, je pense que les moyens de rejoindre le CEVA et le RER en général ne manque(ro)nt pas.

« on s'étonne de la place centrale que prend Cornavin, une gare en pleine ville. (…) Cornavin est difficilement accessible aux voitures, le transfert modal n'y est donc pas idéal pour les voyageurs grandes lignes chargés de bagages. 
→ D’un autre côté. le but étant de ne plus amener les voitures en centre-ville, il aurait été étonnant que Cornavin soit un gigantesque parking, surtout que les routes qui y mènent sont déjà saturées, vous ne pensez pas ? À quel autre endroit auriez-vous vu la place centrale du réseau RER ? La gare centrale comme pôle d’échange principal d’un réseau RER, c’est ce qu’il y a de plus logique, non ? C’est comme ça à Lausanne, à Zurich, à Berlin…

« On s'étonne aussi du fait qu'aucun RER ne semble relier la gare de l'aéroport, d'où s'envole et atterrisse tout de même plus de 10 millions de passagers par an... Ereur, oubli graphique? Ou hélas tout simplement erreur de conception du CEVA lui-même qui ne peut depuis Annemansse en raison de son tracé de 1912 relier à la fois Cornavin et Cointrin, sans obliger les trains à rebrousser chemin. »
→ Soit le RER ira effectivement à l’aéroport, soit ce seront, comme actuellement, les trains qui s’en chargeront. Quant aux 10 millions de passagers par an, ils ne sont pas une très grande proportion à utiliser actuellement le train pour se rendre en centre-ville, à voir le taux d’occupation des convois en provenance et à destination de l’aéroport.
Par ailleurs, le cul-de-sac n’est pas tellement un problème en soi. Je pense que personne ne souffrirait de repartir dans l’autre sens après un arrêt à la gare.

« Le projet de Charles Pictet de reconstruction de la gare de la Praille à Colovrex sera peut-être l'occasion de réfléchir à un vraiplan des transports publics pour le XIXe siècle »
→ À voir le schéma de la DTPR, les prévisions pour 2014 et au-delà, la création d’une société transfrontalière pour le RER, le projet d’agglomération genevoise, je pense que la chose a déjà été pas mal réfléchie.

Écrit par : Pyraloun | mercredi, janvier 14, 2009

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