mercredi, décembre 31, 2008

Et le canton de Genève aurait pu être aussi grand que le canton de Vaud

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Les canons viennent de tonner sur la ville. A cette heure, le culte officiel de la Restauration est dit en la cathédrale en présence du président du Conseil d'Etat. Quel temps faisait-il le 31 décembre 1813? Cette année, la neige et la pluie glaciale ont dû convaincre les Genevois que l'édredon était préférable. Seuls donc quelques mordus et la compagnie militaire chargée des festivités ont été se geler les pieds pour commémorer la Restauration, jusqu'avant l'arrivée des troupes autrichiennes qui iront défaire les Napoléoniens sur le plateau d'Archamps le 27 février 1814.

Le 31 Décembre n'est pas une fête populaire. "Le gouvernement provisoire, rappelle Catherine Santschi, dans la FAO du 18 juillet 2001, est formé par les figures de proue du parti aristocratique des Négatifs, opposé aux droits démocratiques du peuple de Genève. Il proclame la restauration de la République le 1er janvier 1814". La Ville se confine à nouveau dans ses enceintes étroites et montrueuses. Ainsi va l'histoire.

Napoléon avait eu l'intelligence de donner à la cité un arrière pays digne de sa grandeur, le département du Léman. Un département englobant le Pays de Gex, le Salève, la rive sud du lac de Genève et toute la vallée de l'Arve. Les Genevois éclairés (?) d'alors, craignant d'y perdre leur âme protestante, ont préféré l'encrage fédéral à la Confédération qui n'était pas encore l'Etat suisse. Manifestement les desseins les plus intelligents ne s'imposent pas par les armes.

Aujourd'hui, serré dans sa frontière politique héritée du Congrès de Vienne dont le traité est signé le 9 juin 18 mois après la Restauration -l'efficacité était de ce monde en ce temps-là -, Genève exporte ses habitants par dizaine de milliers et se plaint des pendulaires qui n'ont pas eu le choix d'habiter dans un canton musée...

Bonne année 2009 à tous les habitants de la région du pays de Gex au pays du Mont-Blanc.


Il vaut la peine de lire l'article que consacre l'excellent site au département du Léman et à l'annexion de Genève aux règles modernes de la République. Je n'en cite que deux qui toutes deux seront sans doute au coeur des débats de la Constituante:

  • l’introduction des principes de liberté et d’égalité entre les citoyens et la séparation du civil et du religieux, cent ans avant la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1907.
  • Genève et les villages de l’ancienne République sont érigés en communes placées sous l’autorité d’un maire, d’adjoints et d’un Conseil municipal : on trouve là l’un des fondements du régime municipal en vigueur de nos jours.
J.-F. Mabut

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09:52 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Les aristocrates genevois de 1815 ont peut-être prévu les difficultés qui ont finalement porté James Fazy au pouvoir, M. Mabut. Le problème d'un arrière-pays est qu'il peut très bien donner au canton une orientation politique différente de la capitale. Paris par exemple n'est pas forcément de la même majorité que la France en général. Or, les Genevois de 1815 ont senti que cela pouvait arriver. Dès lors, la grandeur de Genève devenait symbolique, puisque les Genevois eux-mêmes perdaient le contrôle du territoire, et en fait, on revenait à la situation médiévale, au sein de laquelle le duc de Savoie était maître du comté de Genève, puis du duché de Genevois, et où seule Genève même disposait d'un statut spécial. Or, les paysans étaient en réalité attachés aux seigneurs locaux, davantage qu'aux bourgeois de Genève. Sous Napoléon, je crois, Genève avait même son administration distincte, au sein du département du Léman. Bref, M. Mabut, vous ne dites pas que Genève n'a pris que quelques communes afin de ne pas perdre le contrôle complet de la situation. Car Genève gouvernée par un parti élu par la majorité campagnarde et catholique et savoyarde, je ne sais pas si cela peut se faire. Le souci de la grandeur l'empêche, aussi, non ?

Écrit par : Rémi Mogenet | mercredi, décembre 31, 2008

Ca veut dire quoi ça? que c'est la honte d'être catholique, campagnard et savoyard? Et sur Genève aujourd'hui, quel est le pourcentage de protestants? J'apprécie le protestantisme mais force est de constater qu'entre les français, les suisses allemands catholiques, les genevois d'origine valaisane et les portugais, il y a peu de protestants sur Genève aujourd'hui (j'en suis presque un peu déçu, d'ailleurs). En outre la France est une république poly-administrative: un individu peut être résident d'une région de gauche, d'un canton de droite, et d'une commune où le maire est au centre... Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas une chèvre du Faucigny qui aurait contrôlé le banquier genevois... Et en matière de grandeur, j'aime Genève, mais il me semble que la grandeur de Genève existera vraiment quand elle deviendra la capitale bi-nationale des Genevois français et suisses. A l'heure de Schengen, et vu le caractère fédéral de la Suisse, rien n'empêche Genève de devenir une capitale transfrontalière. Alors, là on pourra peut-être parler de "grandeur".

Écrit par : Liam DUHAMEL | vendredi, janvier 09, 2009

les protestants sont peut être moins nombreux aujourd'hui, mais au delà des cénacles officiels d'exercice du pouvoir (conseil administratif, etc..) ce sont eux qui dans les "clubs" fermés décident encore des grandes stratégies à Genève. et c'est une vraie permanence historique dont il faut tenir compte pour comprendre Genève dont la "grandeur" est incontestable et même incongrue au vu de la petite taille de la cité. Genève est une ville refuge, neutre, presque extra territoriale. c'est un lieu ou peuvent se rencontrer en toute discrétion les plus puissants de ce monde quelquesoient leurs antécédents guerriers, c'est un lieu où se trament, sur fonds d'infrastructures diplomatiques et financières d'excellence, nombre d'accords de haut niveau, avouables ou non.
Genève a déjà dépassé ces considérations d'appartenance à un territoire local. en ce sens les frontières nationales n'ont déjà plus déjà beaucoup d'importance.

Écrit par : jim toulteilh | jeudi, janvier 15, 2009

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