jeudi, octobre 09, 2008

Monsieur "je ne sais pas" pilote le PAV

débat tg 8 oct.pngLa Tribune a fait salle comble hier soir à Uni-Dufour. Mais le public a dû ressortir de ces deux heures de débat sur l'avenir du quartier Praille-Acacias-Vernets (PAV pour les intimes) avec un sentiment mitigé. Beaucoup d'informations, pas toujours très exactes, beaucoup de non dits aussi. Et un conseiller d'Etat qui, à plusieurs reprises, a répondu simplement "je ne sais pas" aux questions de Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de la Julie, de Christian Bernet, responsable du dossier Praille à la Tribune, et du public.

A quand le premier des neuf gratte-ciel prévus à l'Etoile? Mark Muller a hésité. 2014, a-t-il lâché. Rémi Pagani veut d'abord "remettre le projet dans le bon sens" et parler de la participation citoyenne (applaudissements). Le magistrat de la Ville ne voit pas de tour avant 2018, 2020. Le conseiller national Verts Antonio Hodgers et l'architecte Bénédicte Montant parient pour 2016. Quant à Xavier Comtesse, directeur romand d'Avenir suisse, il a réglé la question par une boutade: " A Lausanne, ils mettent en oeuvre, à Genève, on est champion de la mise en questions!"


Quelles activités, quels emplois vont se développer dans ce nouveau quartier, qu'il y a deux ans le magistrat libéral appelait "Geneva green downtown" - le centre ville vert de Genève? "Je ne sais pas, a répondu le patron du Département des infrastructures, ça n'est pas à l'Etat de dicter le genre d'activité, c'est le marché qui décidera." Rémi Pagani rappelle l'intérêt des trois communes concernées (Ville, Carouge et Lancy) de conserver une zone industrielle.

Quelle consultation populaire? "Je ne sais pas encore. Nous consultons largement les associations, mais nous n'avons pas beaucoup d'expérience à cette échelle à Genève." Antonio Hodgers veut soumettre au référendum obligatoire les grands axes de développement du quartier.

Quels équipements publics?  "Des concours d'urbanisme nous diront s'il faut construire au bout de la rue Boissonas une église, une patinoire ou un  nouveau stade, a répondu Mark Muller. Boutade? Rémi Pagani dénonce le plan masse du quartier qui ne s'articule pas assez autour des équipements publics.

Combien de logements à la Praille? Le Masterplan en prévoit 6000 qui s'ajouteront au 3000 existants. Pagani tient à l'égalité un emploi, un logement, ce qui porterait le nombre de logements nouveaux à 20'000. Xavier Comtesse acquiesce, cite le chiffre de 200'000 sans préciser qu'il s'agit d'habitants et non de logements et que la moitié s'installeront hors du canton de Genève selon le projet d'agglomération franco-valdo-genevois. Mark Muller reste évasif, relève qu'un logement héberge souvent plus qu'un travailleur et refuse de se laisser enfermer dans ce genre d'équation. 

Que deviendra le park & ride de l'Etoile, sera-t-il démoli? "Tout est possible", répond Mark Muller. "Pas question de tolérer un parking d'échange au coeur de la ville", tranche plus radical le Vert Antonio Hodgers.

Combien ça va coûter? Mark Muller n'évoque aucun chiffre, signale que les écoles et les équipements culturels et sportifs sont à la charge des communes. Que la taxe d'équipement, dont Pagani s'est plaint qu'elle ne suffirait pas à financer les investissements des communes, sert à financer les canalisations et que l'Etat prend en charge les routes (sauf celles sises sur la commune de Genève) et les transports publics." Le magistrat libéral est certain en revanche que les rentrées fiscales feront le bénéfice de tout Genève.

Que deviendra la caserne des Vernets, que le directeur du théâtre de la Parfumerie voudrait transformer en une cité des arts? Muller ne veut pas d'une telle cité qui pourrait devenir un ghetto, mais il rassure le directeur de la Parfumerie: "Vous serez relogé quand la deuxième étape de l'Hôtel de police sera mise en chantier." Le projet de loi est quasi prêt.

Que deviendra la gare de la Praille, a demandé un quidam? Muller a fait la moue. "La question est importante. Certaines entreprises utilisent la voie de chemin de fer." On n'en saura pas plus. Le patron du PAV ne dit rien des délicates discussions avec la Migros, qui est propriétaire d'un vaste périmètre au pied des tours de Carouge et veut continuer à utiliser son centre de distribution raccordé au rail. La plupart des autres entreprises de la zone industrielle sont en droit de superficie. C'est la Fondation des terrains industriel, c'est à dire l'Etat qui est propriétaire du sol. 

Vendre ou ne pas vendre les terrains? Rémi Pagani et Antonio Hodgers ont signifié leur opposition à la vente des terrains propriétés de l'Etat. Hodgers avec un bémol pour les terrains où devraient se dresser les neufs grate-ciel à la place de l'Etoile. Mark Muller est plutôt pour la vente: "Cela permettrait à l'Etat de se désendetter et de financer l'équipement du quartier." Personne n'a évoqué la question de l'appropriation de la plus-value résultant du déclassement de la zone industrielle en zone 2 (correspondant aux quartiers de la Ville de Genève). Un sujet brûlant et délicat. 

Que deviendra l'autoroute? Mark Muller n'envisage pas de la détruire. Elle est avec les transports publics une des clés de la mobilité du quartier. Antonio Hodgers veut réduire le taux de voiture par logement. "Faites comme nous faisons à Artamis, a répondu Pagani, nous avons réduit le taux de 1,2 place de parc par appartement à 0,5."

Quelle sera la hauteur des immeubles le long de la route des Acacias? La zone 2 autorise une hauteur de 27 mètres. mais quelques immeubles seront beaucoup plus hauts, a répondu Mark Muller. 

Comment assurer la mixité sociale dans les tours qui sont très chers à construire? "On ne mettra pas d'habitations bon marché dans les tours, mais on peut en mettre autour," a répondu Antonio Hodgers, dont le calembour déclenche les rires du public.

Où relocaliser les entreprises chassées de La Praille? "La nouvelle zone industrielle de Genève, c'est au bout de la pise de l'aéroport, là où vivent les bisons" a déclaré Xavier Comtesse, tout déconfit d'entendre Antonio Hodgers entonner le credo de la croissance zéro sous les applaudissements d'une partie du public: "Arrêtons de grignoter la zone agricole, nous finirons par bétonner tout le canton." Plus réaliste, Pagani a admis comme "naturel" le développement des villes: "un processus qu'il est illusoire de vouloir contenir. On ne peut que le piloter."

Peut-on sérieusement faire cohabiter les entreprises et les habitations? Oui, a répondu Bénédicte Montant, urbaniste présidente du concours du Masterplan. Les entreprises s'arrêtent de travailler le week-end. Ces quartiers mixtes sont très agréables à vivre. Les exemples à l'étranger le prouve. Xavier Comtesse approuve et cite le Kreis Fünf de Zurich en exemple de nouveau quartier branché.

Comment démarrer? ça se fera par étapes sur 20 ou 30 ans. La Fondation des terrains industriels construit actuellement du côté du Bachet de Pesay un bâtiment artisanal de 60 mètres de haut sur un ancien bâtiment des Services industriels. "C'est une première expérience", a dit Pagani, qui est administrateur de la FTI. L'Université en partenariat avec des entreprises peut être un creuset de développement, comme elle l'est dans le nouveau quartier Carl-Vogt - rue des Bains. Aux artistes de jouer les pionniers!

JFM

 

Commentaires

Effectivement la "mise en questions" des genevois doit partir sur de bonnes bases. Que M.Muller ne sache pas à l'avance toutes les données, c'est normal mais est-ce qu'un cercle de travail comprenant les responsables de Lancy et Carouge doit d'emblée être partie prenante avec l'équipe de Marc Muller sinon l'ensemble de la Praille ne sera pas viable.

D'autre part, pour le moment le PAV est un gros gâteau où chacun s'est positionné pour sa propre église : culture, loisir, social, emploi, nature... Peut-être manque t'il un élément rassembleur. Par exemple, Barcelone avait opté pour que la ville se tourne vers la mer et cela ouvrait des perspectives. Qu'en sera t'il du Pav, ce ne doit pas être seulement un prolongement de la ville de Genève, cela ne suffira pas.

Écrit par : demain | jeudi, octobre 09, 2008

Je suis sidéré par l'option des écolos de vouloir fermer "un parking d'échange en ville" situé au bout d'une semi-autoroute. L'un des atouts majeurs de la Praille, c'est précisément son accessibilité multiple, à la fois autoroutière et ferroviaire, ainsi qu'en transports publics légers. Il faut la développer et l'exploiter cette accessibilité, pas la restreindre.
Que la circulation soit conditionnée à l'intérieur de la zone c'est une chose, mais de grâce laissons en place les liens existant avec l'extérieur. Quitte à enterrer la Route des Jeunes au besoin ! Ce quartier sera d'habitation et de services et peut-être même industriel. Pour respirer, il a besoin d'être irrigué. La question des déplacements pendulaires est différentes et pour ceux-là, mais pour ceux-là seulement, l'existence de transports publics performants s'impose absolument.
Quant à l'idée de Pagani de limiter à 0,5 place de parking par logement dans des immeubles que l'on prévoit de luxe, elle est... déconcertante. Pourquoi pas mettre des toilettes à l'étage et des douches communes pendant qu'il y est ? Voilà qui serait vraiment populaire et socialiste...

Écrit par : Philippe Souaille | jeudi, octobre 09, 2008

Effectivement, Mark Muller a usé d'une retenue qui ne laissait place à aucun enthousiasme.

Peut-être se rappelle t-il sa mauvaise communication au début du projet et craint-il de faire des impairs. N'empêche que le débat manquait de rythme après tout c'était le "premier débat public", le droit à l'erreur est acceptable.

La discussion a déjà montré quelques vues diamétralement différentes mais tout de même quelques points d'acccord, c'est dommage car ce projet d'envergure de construction ne doit pas déjà se coincer, il faut aller de l'avant. On a eu l'impression que M.Muller donnait la priorité aux locaux commerciaux et aux bureaux plutôt qu'aux logements en hésitant sur le nombre d'habitations possibles.

En fait tout est possible mais le dossier est très complexe car il faut changer le zoning, discuter avec chaque entreprise (migros, petites PME, CFF...) déjà sur le terrain, créer une nouvelle zone industrielle, garder ou non le droit de superficie, déplacer le parking de l'Etoile, savoir ce que va devenir la Rte des Jeunes, faire attention aux routes, chemin de fer et aux affectations culturelles qui produisent des nuisances, etc.

C'est pourquoi des consultations régulières avec le public seraient bénéfiques pour l'avancement du projet PAV.

Écrit par : sirène | jeudi, octobre 09, 2008

@Philippe Soumaille. Ce point qui n'a rien à voir avec le projet PAV a été évoqué par M.Pagani et était surprenant car tout-à-fait inéquitable.
En effet, sur le site Artamis, un écoquartier devrait prendre place dans quelques années ce qui est très bien mais il n'y aurait qu'une place de parking pour 2 ménages. Qui y aura droit ? M.Pagani a suggéré que les personnes devraient utiliser le co-voiturage ou Mobility.ch. Pourquoi pas, mais si ce n'est pas le cas, n'y a t-il pas une intrusion de la Ville dans le choix de vie des habitants/locataires ?

Alors que la politique de la ville est de réduire les place publiques, cette proposition pose problème. La logique voudrait qu'au contraire, tous les immeubles devraient avoir au moins une place de parking (souterrain) disponible par ménage.

La ville on le sait bien mène une politique contre le fait que des particuliers louent leurs emplacements privés à des frontaliers ou des pendulaires tout en mettant leur propre véhicule sur la voie publique contre macarron.

La question qui me vient à l'esprit : A qui les logements d'Artamis seront-elles destinés car il semble qu'avec ce genre de mesures on va privilégier une certaine catégorie des locataires.

Écrit par : demain | jeudi, octobre 09, 2008

Quel manque de vision !
Quel manque d'enthousiasme !!
Ce (pseudo-) débat était d'un déprimant... !?
Ce débat ce devait d'être important... il a accouché d'une souris et laisse les gens perplexe.

Comme cela a été dit, Genève se trouve devant un défi important à relever, défi dont les enjeux sont considérables. Hier soir, il manquait l'envie.

Quant à la "politique participative" (très à la mode, très "politiquement correct"), cela me fait très septique. Le peuple genevois élit des personnalités au niveau des Communes et du Canton (législatif et exécutif !) qui, il me semble, devraient être représentatives de la volonté populaire. Ces élus sont là pour défendre les intérêts de la population et valider (législatif) ce que l'administration (et l'exécutif) lui soumet. Le cas échéant, les déclassements, plans directeurs de quartier, plans localisé de quartier, autorisations de construire,... laissent déjà quelques opportunités à la population de sanctionner les dérapages (même sans dérapages, les genevois sont champions de la recourite...).

Avec l'état d'esprit général du genevois lambda, je crains qu'il soit très difficile (à mon avis impossible) d'établir une vision en consultant la population.

Enfin, rappelons-nous un bel exemple de consultation de la population :
- voulez-vous un pont ? oui / non
- voulez-vous un tunnel ) oui / non
Aujourd'hui, nous voilà bien avancé... !!

Écrit par : Fantomas | jeudi, octobre 09, 2008

@Fantomas. Votre exemple de consultation : pont/Tunnel-oui/non marche si nous avons des responsables politiques alliant comabtivité et consensus, qui assument leurs erreurs et les rectifient, qui communiquent souvent et clairement....Je ne crois pas que cet "objet" soit disponible dans le canton de Genève...

Écrit par : sirène | jeudi, octobre 09, 2008

@Fantomas. Votre exemple de consultation : pont/Tunnel-oui/non marche si nous avons des responsables politiques alliant combativité et consensus, qui assument leurs erreurs et les rectifient, qui communiquent souvent et clairement....Je ne crois pas que cet "objet" soit disponible dans le canton de Genève...

Écrit par : sirène | jeudi, octobre 09, 2008

@sirène. Effectivement, l'objet n'est pas disponible... et malheureusement pour nous tous... Tant que les combats "gauche/droite" et "Ville/Canton" perdureront, c'est sans espoir...

Preuve en est l'élan initial de M. Muller, rappelé à l'ordre par ses compères; j'ai le sentiment qu'il n'est pas possible d'être combatif dans cette république: c'est pas bien vu...

Et l'année électorale qui s'annonce ne simplifiera pas la tâche de nos élus...

Écrit par : Fantomas | jeudi, octobre 09, 2008

@Fantomas. Dans un projet de cette envergure, il devrait y avoir
1)une partie consultative, participative, prospective, juridique avec toutes les parties prenantes.
2)Ensuite M.Muller devrait être le seul pilote de ce projet (avec un équipe bien sûr) pour éviter qu'il se retrouve pieds et poings liés. C'est le seul moyen de faire avancer le dossier.
Est-ce réaliste ?

Écrit par : sirène | jeudi, octobre 09, 2008

Quoique les marchés boursiers annoncent demain ou après-demain,les investisseurs (banques privées,fonds de pension, pouvoir public)doivent soutenir la construction de logements car un coup d'arrêt brutal serait catastrophique pour l'économie genevoise. Cet effort d'investissements empêchera cette spirale sans fin de la pénurie de logements, fuite des contribuables à l'extérieur du canton et surcharge de trafic sur toutes les infrastructures.

Écrit par : sirène | lundi, octobre 13, 2008

Il faudrait sérieusement penser la fermeture de l'autoroute. Le parking de l'étoile est mal placé. Il date d'une autre conception de la ville. Aujourd'hui c'est un corps étranger dans le concept du quartier (il était désigné comme "sculpture automobile". "implant automobile" serait encore mieux). On pourrait le transformer en centre commercial, centre culturel ou place de marché couvert, ou les 3. La participation de la population à la conception est importante. Il faut que la population adhère au projet. C'est vrai, à Genève on a peu d'expérience en ce domaine - mais ça se rattrape.

Écrit par : Félix Dalang | mardi, novembre 25, 2008

Après ce débat, je pense surtout que ce projet est bien mal lancé et aucunement adapté aux besoins du canton de Genève.
Dans le meilleur des cas, ce projet a une chance de débuter en 2050 au plus tôt.
Les transactions administratives sont bcp trop lourdes, les négociations avec les exploitants seront ardues et particulièrement longues...
Bref, ce projet démentiel ne correspond pas aux attentes des genevois, de plus il s'inscrit dans une échelle de temps totalement décalée par rapport aux intérêts des gens!! Notre gouvernement manque d'idées ou projet ambitieux mais réalistes à long termes!!
En conclusion --> trop compliqué, trop d'embûches, trop long et de grâce arrêtons un peu de construire QUE des bureaux pour les multinationales, il ne correspond pas aux besoins en logements des genevois!!
Le discours de M. Muller reste à très forte consonance libérale... qu'il continue ainsi et son bébé est voué à l'échec!!!
Faites plutot avancer des projets réalistes comme les communaux d'Ambilly, Chapelle les Sciers, etc... ca nous évitera de perdre du temps encore sur des rêveries!!!

Écrit par : Julio | mardi, novembre 25, 2008

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