lundi, juillet 07, 2008

Construire la ville, ce n'est pas du gâteau

paca 1 à 8.pngConstruire la ville en ville, la ville à la campagne, des villes jardin, des éco-quartiers, des villes urbaines (par comparaison aux cités dortoirs sans commerce ni animation), des villes à mobilité douce, des villes linéaires le long d'un tram ou d'un train, des villes concentriques ou des villes marguerite, des villes melting pot enfin qui ne rejettent pas les pauvres dans des banlieues éloignées, ce n'est pas du gâteau. Les urbanistes sont payés pour le savoir. Les politiciens le savent aussi. Mais ne sont payés que lorsqu'ils sont à l'exécutif. Et encore. Hier, les urbanistes suisses romands et français tenaient leurs assises à Genève. Au menu le projet d'agglomération franco-valdo-genevois, dont les appels d'offres pour les études des trois premiers PACA ont été publiées ce lundi 7 juillet. [cliquez sur l'image pour l'agrandir]


Quelles belles vues l'on a du 7e étage de la mini-tour des syndicats patronaux, au 98 rue de Saint-Jean, où Bernard Lenwel président des urbanistes français et Thierry Merle, son homologue suisse ont accueilli une cinquantaine de leurs collègues.Mais peut-être auraient-ils dû se réunir à la station supérieur du téléphérique d'où l'on embrasse tout le bassin franco-vald-genevois et ses quelque 2000 kilomètres carrés, la dimension clés de la plupart des métropoles européennes. 

Des présentations des projets d'agglo Grand Genève - on dit grand Lyon pourquoi pas grand Genève? - Lausanne Morges, Sarrebrück-Moselle Est et de l'Eurodistrict trinational de Bâle, retenons pour l'heure trois questions:

Comment associer la population et les élus à l'élaboration des plans d'aménagement? Partout, l'on constate un déficit démocratique. la tendance assez naturelle des "hommes en noir" comme les appellent Bernard Gaud président de la communauté de communes de Saint-Julien de réfléchir en vase clos.

Quelle politique foncière publique? C'est en fait le noeud du problème. Qu'est-ce que l'aménagement du territoire sans la maîtrise du foncier, a demandé le Français Jean Marly du CERTU? Or la maîtrise du foncier c'est beaucoup d'argent pour s'en rendre maître dans notre état de droit qui sacralise la propriété foncière. C'est aujourd'hui l'impossibilité d'obliger des propriétaires assis sur des matelas financier de construire la ville en ville. C'est en France, l'impossibilité d'empêcher un propriétaire de découper sa parcelle à sa guise, au risque d'une urbanisation trop peu dense pour justifier l'aménagement de transports publics coûteux.

Qui définit l'intérêt général? Une déclinaison de la première question. Surtout en France où la loi de décentralisation de Chevènement à donner aux maires le pouvoir d'aménager son territoire et de délivrer des permis de construire. Une vraie calamité aux yeux des urbanistes qui voient le territoire se couvrir de villas. Leur idéal, c'est une ville dense dont les habitants sont à moins de cinq cents mètres d'un tram en site propre. A Genève, les communes n'ont en principe presque aucun pouvoir en matière d'urbanisme, mais les procédures de recours sont néanmoins nombreuses qui bloquent tout projet de construction un tant soit peu audacieux.

Quid enfin des vides, de la campagne, des espaces naturels, forestiers, agricoles? Comment s'assure-t-on que ces zones ne seront pas bâties petit à petit? Sur ce plan le centralisme genevois à fait presque merveille. En revanche, passée la frontière, c'est une urbanisation chaotique qui attend le visiteur. Les autorités française, du moins celles associées au projet d'aménagement Grand Genève ont pris des engagements pour arrêter le bétonnage. assure Nicole Surchat-Vial, patronne du projet franco-valdo-genevoise. Mais est-elle bien sûr que c'est un engagement unanime de tous maires des communes frontalières?

Et last, but not least, comment financera-t-on les nouvelles lignes de tram et les voies réservées aux bus accélérés et les parkings d'échange que l'on inscrit si généreusement dans le territoire? Le fonds d'infrastructure de la Confédération ne suffira pas à lui seul à financer le programme genevois. or il y a une trentaine d'agglomérations en Suisse qui se disputent la manne de 3,5 milliards de francs. Quant à la France, plus personne n'ose articuler le moindre chiffre. 

Au total une journée fort instructive, dont on trouvera prochainement les actes sur le site http://www.projet-agglo.org.

 

Légende de la photo relative aux huit périmètres d'aménagement coordonné d'agglomération (PACA)

1. PACA Bernex
2. PACA Genève - Plaine de l’Aire - St Julien
3. PACA / PSD Nyon - St Cergue
4. PACA Meyrin - St Genis - Thoiry
5. PACA Nations - Aéroport - Ferney avec PSD Aéroport Nord/Sud
6. PACA/ESPU Genève - Eaux Vives - Annemasse
7. PACA Veyrier - Vessy - Les Iles
8. PACA/PSD sur l’axe Annemasse - Evian

 

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