jeudi, mars 06, 2008

Lézarde dans le CEVA

 

 

Le front des pro-CEVA s'est singulièrement lézardé cette semaine. Demi-surprise, la faille vient des libéraux qui se souvenant que leur électorat loge davantage à Champel qu'aux Pâquis ont franchi le Rubicon en décidant d'accorder leur feu vert à l'initiative anti-CEVA. Certes les libéraux ne disent pas encore que le tracé de la liaison Cornavin Eaux-Vives Annemasse de 1912 n'est pas le meilleur. Olivier Jornot, auteur en verve du rapport de minorité de la commission législative du Grand Conseil (lire ici), se réfugie derrière des arguties juridiques pour expliquer qu'il n'est pas acceptable de déclarer nulle l'initiative des anti-CEVA.

 

Le 9 janvier dernier, Michel Barde, l'ancien patron des patrons genevois, avait déjà brisé, dans la Tribune de Genève, l'étrange alliance qui avait vu, le 26 juin 2002, en pleine canicule, les socialistes, les Verts et les milieux de la construction voter à la va-vite comme un seul homme le crédit de 400,8 millions de francs (la part genevoise pour relier la Praille aux Eaux-Vives et à la frontière française par une double voie ferroviaire). Voilà ce qu'écrivait le libéral de Genthod (texte complet ici):

"S’agissant du CEVA, le problème est assez analogue. Nul ne conteste l’utilité d’un transfert modal attractif sur le rail. Mais la réalité des chiffres montre que c’est vers Bardonnex (avec la future connexion de l’A41 en provenance d’Annecy) que la plus forte progression est à attendre, et non pas vers Annemasse, où il suffirait de prolonger l’actuelle ligne du tram 12. "

 

 

Ce qui est sûr aussi c'est que les partenaires français de la région n'ont toujours pas digéré, le vote surprise de 2002. Ils ont dû changer leur fusil d'épaule, expliquer à Paris, à Lyon et à Réseau ferré de France que Genève avait soudain abandonné l'option légère d'un tram pour la version lourde d'un train. D'autant plus incompréhensible aux yeux des stratèges ferroviaires de l'Hexagone qu'ils ne sont pas prêts à investir des millions pour réhabiliter les lignes régionales et construire des parkings d'échange, sans lesquels le CEVA n'aura guère d'attractivité. Six ans après le vote du Grand Conseil, le crédit de 90 millions d'euros n'est d'ailleurs toujours pas bouclé.

 

Le CEVA revient d'ailleurs régulièrement au devant de la scène politique de l'autre côté de la frontière, soit dans les colonnes du Messager, soit dans les discours des hommes politiques. On lira avec curiosité cette déclaration du future maire d'Annemasse qui lui, en fidèle allié de Robert Borrel, soutient le CEVA.

 

La lézarde libérale suffira-t-elle à précipiter l'effondrement du mammouth inutile? Elle vient tard, à une semaine seulement du débat du Grand Conseil du 13 mars. Le front des bétonneurs, des syndicats de la construction et des Verts devraient tenir le choc. Et le CEVA attendra encore quelques longs mois que le Tribunal fédéral statue pour savoir si oui ou non les Genevois voteront sur leur chantier du siècle. Un désaveu juridique de la Haute Cour serait une honte pour notre Parlement et notre canton.

 

On notera à ce propos que Genève est un des rares cantons à ne pas connaître de référendum financier obligatoire. Dans la plupart des autres cantons suisses, le peuple est appelé à se prononcer dès qu'un crédit de construction dépasse un certain nombre de millions. De quoi donner un os à ronger à la future Constituante. 450 millions, ça vaut bien un scrutin!

 

J.-F. M

 

14:52 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Genève a besoin du CEVA et cette liaison doit être réalisée au plus vite afin de donner aux Suisses et aux Français (frontaliers ou non!) un moyen alternatif à la sacro-sainte voiture de se déplacer dans une région étendue entre Lausanne et Annecy (voire plus loin)!
L'initiative des Champéliens tente vraiment de court-circuiter le déblocage du réseau ferroviaire pour préserver leur pré-carré du plateau, et sans parler du soutien de certains libéraux qui ne s'accordent même pas sur la question (belle logique politique)!
Leur idée du barreau sud (déjà rejetée il y a 10ans en faveur du CEVA) est absurde car elle relie le réseau ferré français quelque part au pied du Salève... pratique pour rallier l'autoroute mais insensé pour un réseau RER! C'est un tracé pour un tram pas pour un train!
Enfin il y a réellement urgence en matière d'aménagements ferroviaires dans la région, ces tentatives stériles de bloquer le CEVA ne vont mener qu'à des retards supplémentaires et donc des coûts plus élevés! N'est-ce pas justement ce que disent vouloir éviter les opposants aux tracé?! C'est bien là la preuve de leur mauvaise foi, de leur irrévérence envers une population qui souffre de la saturation du milieu urbain et de la pollution.


Écrit par : Ecomobilité! | jeudi, mars 06, 2008

Ne faites pas le CEVA, mais ne vous plaignez pas ensuite de la pollution des pendulaires qui n'ont d'autre solution que de conduire leur petit ou gros diesel dans les bouchons, en l'absence d'autre moyen de transport ou de logement proche de leur lieu de travail... A quand des politiques qui pensent à ce que sera la vie dans 20 ou 30 ans ?

Écrit par : Pro-CEVA | vendredi, mars 07, 2008

précisons: le CEVA ne sert pas à desservir des parkings relais proches. il sert à capter au plus près de leur domicile des personnes habitant dans le chablais, en vallée de l'Arve et dans la région annécienne. alors Bardonnex et après. et après il faut rejoindre Thonon, La Roche, Annecy; c'est à dire passer par annemasse. de plus en gare d'annemasse, le CEVA aura une fonction type RER paris intra muros: soulager le trafic bus en captant une clientèle locale au coeur de cette partie savoyarde de l'agglomération. qui pèse 60 000 habitants. bardonnex, saint Ju, archamps, Neydens, combien d'habitants?
le CEVA par annemasse est la seule solution sérieuse.
par contre 2 problèmes? côté français l'infrastructure ferrée n'est pas au niveau et aucune garantie n'est apportée par RFF pour sa réfection pour supporter un flux de type RER.
ensuite, j'entends peu de gens parler de l'impact du CEVA sur l'aménagement du territoire côté français. ce type d'infrastructure lourde favorise une urbanisation linéaire, c'est à dire un accroissement de la tâche urbaine et, paradoxalement un éloignement des distances entre domicile et lieu de travail. facteur de développement du recours à l'auto.

Écrit par : cevaoui | mardi, mars 11, 2008

Depuis le 30 janvier 2009, il existe un comité français pro Ceva

Toute personne souhaitant rejoindre ce comité peut le faire en allant sur le
site :

http://pro-ceva.com/

Philippe

Écrit par : philippe | vendredi, février 13, 2009

Le CEVA est défendu que par ceux qui militent contre la bagnole et qui se foutent complétement des problèmes de déplacement des utilisateurs. Le CEVA ne sert à rien si l'on ne construit pas de parkings géants dans les localités proches de Genève. Je ne connais aucun frontalier qui est prêt à laisser sa voiture à la frontière et utiliser ce moyen de transport qui risque d'être en panne aussi souvent que le M2 lausannois !! De la foutaise aux frais des contribuables genevois ! Comme de coutume !

Écrit par : Octave Vairgebel | vendredi, février 13, 2009

Difficile de comparer le RER FVG (CEVA) au M2, surtout quand on est sur deux systèmes et objectifs de transports assez différents...

Et puis le frontalier, si il prend le train, ne va pas s'amuser à laisser sa voiture juste à la frontière, mais plutôt la laisser au parking relais de sa gare, voir même ne pas prendre de voiture du tout et se rabattre sur le bus/car/vélo/marche à pied.

Bref, il est peut-être temps de regarder plus loin que le bout de son nez et d'essayer d'imaginer que tout ne s'arrête pas à la frontière genevoise...

Écrit par : Rémi | mercredi, février 18, 2009

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