jeudi, décembre 20, 2007

Les syndicats critiquent le projet d'agglo

Salaires, profits des entreprises, aménagement du territoire, dans ces trois domaines au moins, le projet d'agglomération franco-valdo-genevois "prépare et légitime des ségrégations". Dans un long communiqué publié cette semaine, le secrétaire de la Communauté genevoise d'action syndicale n'est pas tendre avec la Charte signée par Robert Cramer et Jean-Jack Queranne et une brassée d'autres personnalités de la région le 4 décembre dernier.



Quoi qu’en disent ses co-responsables, le projet consacre une forte division économique et sociale de l’espace. Et Claude Reymond de réclamer un autre projet de développement.



Le responsable syndical est convaincu que "les centres de décision des grandes entreprises, les sièges sociaux des firmes européennes et mondiales, les organisations internationales, les logements haut-de-gamme et les lieux culturels importants continueront de s’implanter dans l’ancienne Genève sur territoire suisse; que la zone dite agricole sera conservée dans sa quasi-totalité, surtout pour des raisons politico-idéologique découlant d’une soi-disant protection de l’environnement ; et enfin que les futurs logements sociaux, les lieux de production des entreprises moyennes et petites et les organisations internationales non-gouvernementales modestes seront tendanciellement relégués dans la couronne qui densifie en formant l’autre Genève sur territoire français."



Claude Reymond dénonce la duplicité du Conseil d'Etat Cramer qui promet de loger cent mille personnes de plus dans le canton d'ici 2030, mais ne propose "aucun lieu pour les déclassements de zone agricole en zone de développement, alors que le programme d’application d’un accord « historique » sur le logement signé le 1er décembre 2006, lui faisait obligation de les cartographier lors des deux premiers trimestres 2007."



Le secrétaire de la CGAS épingle également Mark Muller qui contribue à la flambée des prix des terrains et va à l'encontre d'un rééquilibrage emplois/logements évoqué. "Le Masterplan Praille-Acacias-Vernets, « le » projet du Conseil d’Etat, prévoit en son périmètre 9’000 logements pour 41’000 emplois, soit un rapport de 5 emplois pour un logement! Ce Masterplan accentue tant le déséquilibre régional que la crise du logement."



Dernière pointe lancée par les syndicats contre le projet d'agglo, sa faible assise démocratique. "Aux débutés genevois de tous bords politiques qui s’en sont émus, le Conseiller d’Etat Cramer a répondu qu’aucune base légale n’existait pour un contrôle démocratique transfrontalier. Ce qui est exact, constate Claude Reymond qui se demande non sans pertinence: Mais s’agit-il dès lors de s’en réjouir pour en profiter, ou de s’en inquiéter pour la créer?"

J.-F. Mabut 

lundi, décembre 10, 2007

Ce qu'en pense Le Frontalier

 

Le numéro de décembre de la revue des travailleurs frontaliers consacre deux pages au projet d'agglomération. L'article non signé en rappelle le cadre politique: côté suisse, la loi fédérale d'infrastructure qui promet 3,5 milliards de francs aux quelque 35 agglomérations du pays dès 2011.

 

Côté français, le projet d'agglomération franco-valdo-genevois fait partie des 15 grandes entités retenues par la Délégation ministérielle à l'aménagement et à la compétitivité du territoire (ex Datar). Selon la loi de finance française pour 2008, 4,154 milliards d'euros au total, sont demandés au titre de 34 programmes relevant de 14 missions.

 

Le mariage de raison de Genève et de sa région devrait permettre, écrit le Frontalier, d'obtenir le label "Grands projets Rhône-Alpes" et une enveloppe de 70 millions d'euros sur sept ans pour six projets. Enfin les fonds européens devraient augmenter l'enveloppe de quelque 55 millions d'euros dans le cadre d'Interreg IV (voir aussi ici).

 

Le CEVA que le Frontalier voit déjà rejoindre Thonon et Annecy et Saint-Cergues La Cure est l'épine dorsale de la mobilité régionale. Les trams iront à Saint-Genis (c'est prévu) et à la gare d'Annemasse (c'est envisagé). Des P+R sont prévus à Machilly, Reigner et Ferney-Voltaire. Aucun mention pour Saint-Julien, ni de l'initative des "anti-Ceva" qui veulent le voir aboutir à Saint-Julien précisément.

 

Second axe stratégique, le plan directeur de l'habitat transfrontalier prévoit de construire 50'000 logements dans les dix ans. Mais Frédéric Bessat, chef côté français du projet d'agglo, ne précise pas où.

 

Rien non plus sur le volet économique sinon un guide touristique commun, pas grand chose en matière d'environnement sinon un inventaire (un de plus), rien sur la santé, quelques dilpômes de plus reconnus de part et d'autre de la frontière. Enfin la culture verra la création d'un atlas et la préparation d'un "événement fédérateur d'agglomération".

 

Le projet d'agglomération lance des pistes. Les élus ont deux ans pour les préciser et présenter des projets réalisables aux organes financeurs.

Une question clôt l'article du Frontalier: "Pourquoi le projet d'agglo s'arrête-et-il aux portes de Thonon?" En effet!

 

J.-F. Mabut

 

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vendredi, décembre 07, 2007

200'000 habitants et 100'000 emplois

Le point de départ du projet d'agglomération franco-valdo-genevois est 2010. Son point d'arrivée est 2030. Vingt ans, c'est le laps de temps qui nous sépare de 1987, année phare du boom économique des années 80 et sommet de la bulle immobilière où se forgèrent les casseroles de notre banque cantonale...

 

Quelques repères donc pour apprécier l'objectif fixé par le projet d'agglomération lequel prévoit deux cent mille habitants de plus entre Salève et Jura, dont la moitié dans le canton, et cent mille emplois en plus, dont 40% dans le canton, histoire de rééquilibrer le différentiel économique existant entre le centre et sa couronne.

 

  • En 1987, le canton hébergeait 377'000 habitants. En 2007, il en héberge 447'000, soit une augmentation de 70'000 âmes de plus en 20 ans.
  • En 1985, le canton offrait, selon l'Office cantonal de statistique 239'385 places de travail, 244'049 en 1995 et 269'274 en 2005, soit une augmentation de 30'000 emplois en 20 ans.
  • En 1987,l'économie cantonale employait 28'000 travailleurs frontaliers. Vingt ans plus tard, elle en emploie quelque 60'000.

Ces quelques chiffres laissent songeurs et montrent que les chiffres annoncés par le projet d'agglomération prévoient une accélération de la croissance démographiques et économiques du canton.

jeudi, décembre 06, 2007

L'agglomération immobile?

Huit cahiers racontent par le menu les intentions stratégiques des élus pour la région genevoise et ses 777'000 habitants. Mais on cherchera en vain dans le projet d'agglomération franco-valdo-genevois, outre la liaison ferroviaire lourde entre la Praille la gare des Eaux-Vives et la frontière suisse, qui se taille la part du lion des crédits fédéraux, de nouveaux et ambitieux projets de transports.

 

La traversée de la rade est renvoyée à 2040 et ne figure sur aucune carte. Il suffit pourtant de jeter un coup d'œil sur le maillage actuel des voies de transport pour comprendre que le chaînon manquant est une grande traversée autoroutière et ferroviaire.

 

Du coup, l'aéroport reste un cul de sac ferroviaire et ne peut être atteint depuis la France ni depuis la future ligne des Carpates ni depuis l'hypothétique Tonkin sans passer par Cornavin et repartir en arrière. Laquelle gare est difficilement accessible en voiture.

 

Du coup, la rive droite reste enclavée. Aucune route n'est d'ailleurs prévue pour rejoindre la gare d'Annemasse.

 

Il n'est pas prévu non plus de relier la voie ferrée du Pays de Gex au réseau suisse. La liaison de la voie express à l'autoroute suisse n'est suggérée qu'en pointillé. Quant au futur raccordement de cette voie express avec l'autoroute A41 via un grand pont sur le Rhône, il est également rejeté au-delà de 2030.

 

Comment va-t-on gérer l'autoroute de contournement qui frôle l'asphyxie? Ce matin encore, sur le coup de 7h30, les pendulaires s'encolonnaient sur deux voies, au pas, à l'entrée du tunnel de Confignon, alors que le bus D avançait lui aussi au pas, coincé dans la colonne de voiture à l'entrée de Plan-les-Ouates. Il nous a fallu 40 minutes pour rejoindre la rue du Stand depuis Perly. Autant descendre à pieds comme nos arrières grands-parents!

 

Rien n'est prévu non plus pour soulager les petites douanes par où percolent les milliers pendulaires matin et soir. Que deviendra la voie interquartier qui préfigurait le contournement sud du canton (également appelée voie Cottier) et qui est planifiée depuis des lustres entre le Bachet-de-Pesay et la route de Veyrier?

 

La seule nouvelle route prévue est celle des Nations qui toutefois verra son gabarit largement entamé par la construction du tram de Ferney.

 

Côté français, la liaison autoroutière sous le Mont-de-Sion grossira dans un an le flot des pendulaire en provenance de la région d'Annecy. La voie express du Chablais vers Thonon reliera-t-elle un jour le Valais? Sa connexion avec l'A41 est lointaine pour qui travaille sur la rive droite du Rhône. Mais aucun nouveau pont sur l'Arve n'est prévu. Quant à la voie ferrée du pied du Salève, sa viabilité a été sérieusement mise à mal depuis que les Eaux d'Evian ont choisi la route pour inonder le monde.

J.-F. Mabut

mercredi, décembre 05, 2007

Le projet d'agglomération est signé

Robert Cramer pour le canton de Genève et Jean-Jack Queyranne, président de la Région Rhône-Alpes, et quelque 15 autres personnalités ont signé ce mercredi à 17h30 la Charte d'engagement du Projet d'agglomération franco-valdo-genevois sur le bateau "Lausanne".

 

Le projet fixe les axes de développement du grand Genève et précise où le canton logera les 100'000 habitants de plus attendus d'ici 2030 et la région les 100'000 habitants de plus attendus dans la couronne française et sur la côte vaudoise.

 

Deuxième enjeu de taille, la localisation des 100'000 emplois nouveaux devra privilégier la couronne extra-cantonale pour rééquilibrer un peu la tendance actuelle qui voit Genève concentrer les emplois et la couronne loger les banlieusards.

 

Charte d'engagement page 56

 

 

Troisième défi, le basculement vers les transports publics des quelque 930'000 habitants de la région en 2030.

 

Le choix symbolique d'un lieu voguant et hors sol, certes amarré au quai du Mont-Blanc, pour signer la Charte d'engagement préfigure sans doute les tempêtes et les pots au noir qui attendent encore la galère régionale avant que la Berne fédérale ne lâche encore quelques millions pour financer les infrastructures des transports du Grand Genève. Il ne devrait guère rester que quelques miettes pour le bout du lac, vu que le CEVA s'est déjà taillé la part du lion des 6 milliards votés dans le cadre de la loi qui entre en vigueur au 1er janvier 2008. Première échéance attendue à fin 2014!

 

 

Montés tardivement dans le train des crédits fédéraux, le canton de Genève et son ministre du territoire ont relancé une coopération transfrontalière qui avance cahin-caha depuis des lustres. Qui se souvient de la French Geneva County d'Alain Borner et du savoyard Roland Pascal, qui a engendré l'international business park d'Archamps, promis alors à devenir la Silikon Valley du Genevois? C'était au début des années 90?. Qui se souvient des dix pôles de développement régionaux lancé à la fin dui siècle dernier?

 

Troisième tentative majeure de gouverner ensemble les quelque 730’000 habitants qui vivent dans le bassin genevois, le projet d’agglomération, réussira-t-il là où ses prédécesseurs n’ont produit que des rapports de bonnes intentions? Reconnaissons à ce stade un premier mérite au projet d'agglomération, celui de fournir des informations passionnantes sur la région qui disent bien l'urgence de s'entendre.

 

La balle est désormais dans le camp des élus et des citoyens. A Genève, la révision de la Constitution sera l'occasion de faire œuvre de pionnier pour inventer une forme pertinente de démocratie régionale.